LIV. IL. CH. I. LE ROI PENÈTRE DANS L’ESCADRON DE MAYENNE
sa noblesse , il s’élança contre les wallons et les flamands du comte d'Egmont, et pénétra dans le gros corps com-— mandé par Mayenne, avant que le duc püt remédier au désordre qu’avaient causé les reitres, et faire prendre le galop à ses lances. Ces armes, qui tirent toute leur force et leur avantage de la rapidité de leur course, devinrent inutiles : les cavaliers furent obligés de les jeter à terre, et de combattre, avec le sabre seul, contre les seigneurs et les gentilshommes français qui, défendus par leur armure d’une trempe excellente, portaient chacun un fort espadon et deux pistolets à l’arcon de la selle. La rapidité de l’attaque avait été une grande adresse : elle avait ôté à l’ennemi, donné aux royaux la supériorité des armes !.
Mais les soldats de Henri perdirent bientôt l’avantage qu’il leur avait assuré, par l'effet d’une manœuvre bien combinée de Mayenne, et par suite de quelques circonstances qui déconcertent tous les calculs, et qui se produisent si souvent dans le cours d’une bataille avant qu'elle se décide, imprévu continuel auquel l’art suprème du général est de-parer. Mayenne tira en toute hâte de la division postée à gauche de la sienne le corps des carabins ou arquebusiers à cheval, et le donna pour auxiliaire aux wallons du comte d’Egmont en péril. Les arquebusiers firent à vingt-cinq pas une décharge meurtrière, puis arquebusiers et wallons chargèrent en masse, et fondirent si impétueusement avec leurs chevaux vigoureux sur la troupe de Henri, que la pointe gauche ploya. Deux accidents non moins défavorables aux royaux s’ajoutèrent coup sur coup à ce revers partiel. Pot de Rhodes, qui portait la cornette blanche du roi, fut atteint d’un coup de pistolet dans les yeux. La vue obscurcie par les flots de sang qui s’échappaient de sa
1 Davila, L. xt, t. 111, p. 38.