UN TIERS DE J/ESCADRON DU ROI PREND LA FUITE
LA
blessure, hors d'état de se conduire, emporté par un cheval fougueux dont les rênes avaient été brisées, 1l fut bientôt entraîné à travers champs, loin du front et des premiers rangs dé l’escadron royal. Un jeune seigneur, qui pour se rendre plus remarquable, avait eu la vanité de placer ce jour-là à son casque une aigrette blanche pareille à celle de Henri, suivit l’étendard royal dans sa course désordonnée. Plusieurs imaginèrent alors que la cornette blanche reculait, que le roi se retirait de la mêlée, et prirent de là occasion ou prétexte d’en sortir eux— mêmes. D’autres qui assistaient pour la première fois à une bataille, et qui selon l'expression du vieux Biron « n’avoient accoutumé de se repaitre de tels morceaux, » se laissèrent gagner à l’épouvante et se sauvèrent. Vainement le roi leur cria : « Tournez visage, afin que si » vous ne voulez combattre, pour le moins vous me voyiez » mourir » : 1l ne put les retenir. Ils se ravisèrent ensuite, et vinrent se Joindre au corps de réserve que commandait le maréchal Biron; mais ils n’en avaient pas moins abandonné Henri au moment décisif, et quand ce prince eut à aborder les wallons de d'Egmont, et les arquebusiers à cheval réunis, presque toute la gauche de son escadron avait fui. Heureusement les deux tiers de ses cavaliers n'avaient partagé ni l’erreur des uns, n1 la panique des autres. Ils avaient tenu les yeux attachés sur son panache blanc, et étaient demeurés fermes à leur poste, prêts à Le suivre partout où 1l voudrait les conduire *.
1 Le Discours véritable, p. 245, dit : « Ce gros escadron du duc de » Mayenne s’avança pour venir à la charge, faisant marcher à son aîle » gauche quatre cens arquebusieurs à cheval qu’ils appellent carabins, » lesquels firent une salve de vingt-cinq pas, près de celui de $S. M. » — Lettre de Biron à du Haïillan : « Aucuns des nostres qui n’avoient » accoustumé de se repaistre de tels morceaux prindrent un peu le » large. Mais ils se ravisèrent et vindrent se joindre à la troupe que
» je menois. » — Pasquier, Lettres, 1. x1v, lett. 10, col. 425, pour les mots de Henri IV aux fuyards, — Sully, Œcon. roy. c. 30, p. 76 A.