L'ESCADRON DE MAYENNE : SES EXPLOITS PERSONNELS
l'épée ébréchée des innombrables coups qu'il avait portés. Deux combattants d’Ivry parlent en ces termes de son intrépidité et de son influence décisive sur le succès. « Le roi, dit le comte de Saint-Paul, se résolut à préve- » nir les ennemis, et les chargea de telle furie, qu’il les » renversa tous et leur fit tourner tête, quelques efforts » qu'ils pussent faire. Je vous jure, Monsieur, que Je » tiens cela pour un miracle. J’ai eu cet honneur d’avoir » été cette journée-là toujours auprès de Sa Majesté, et » Dieu m'a fait la grâce de ne Le perdre jamais de vue. » Après Dieu, il faut attribuer la victoire au bon juge- » ment et au courage du roi, lequel se fit cette journée » connoître être le plus brave et le plus vaillant prince » de la terre. » Le maréchal de Biron ajoute : « Le roi » fit très bravement, généreusement et hardiment, au- » tant qu’il se peut, et quasi trop !. »
Le mot du vieux guerrier fait allusion à un incident qui termina ce mémorable fait d'armes. Le roi, dans la rapidité de sa course victorieuse, avait cessé d’avoir autour de lui une juste troupe pour le combat, et même pour la poursuite. Quand il s’apercut de son isolement, il se dirigea vers les trois gros arbres qu’il avait assignés comme rendez-vous militaire à ses hommes d’armes, avant le commencement de l’action, et il appela à lui ses serviteurs épars, en agitant son panache blanc. Il n'avait alors que douze ou treize gentilshommes près de lui, et Clermont d'Entragues, l’un de ses capitaines des gardes
1 Duplessis-Mornay, Mém., p. 475. « Le reste de l’escadron du Roy » avoit moyen de charger en flanc. » — Sully, chap. 30, p. 76, et d'Aubigné, p. 231, montrent que le comte d’Egmont prit part avec ses wallons au combat livré entre le centre des deux armées, et que ce fut alors qu’il périt : d’autres historiens le font succomber trop tôt. — Pour les autres détails, voir : Davila, 1. x1, t. 111, p. 37, 39. — Mézeray , p. 770. — Lettre du comte de Saint-Paul au duc de Nevers,
dans la préface du t. 11 des Mémoires de Nevers, p. 7, 8. — Lettre de Biron à du Haïllan, p. 177.