LIV. II. CH. I. GRANDEUR ET FÉROCITÉ DES MŒURS DU TEMPS
blesse ne connaissait plus ni le temps régulier du service, ni les défaillances de l’âge. C’est là le beau côté de ces mœurs, pleines d'énergie, de ressort, de grandeur. D’autres traits accusent leur férocité, et montrent quelle tâche le roi avait à remplir, pour y faire entrer l'humanité et les adoucir. Fouquerolles et La Curée avaient suivi les reîtres dans leur fuite vers le petit bois de la haie d’Epieds. Fouquerolles tua vingt de ces étrangers sans défense, et comme La Curée lui reprochait cette cruauté, 11 lui répondit froidement : « Plus de morts, moins d’ennemis. » La Chateigneraye s'était également rendu à Rosny; mais ce seigneur, échappé aux dangers du combat, ne put se soustraire aux vengeances des partis. Trois hommes d'armes de la compagnie de d’O, qui avaient été gardes de Henri II, ayant reconnu La Chateigneraye, lui tirèrent à bout portant chacun un coup de pistolet en lui criant : «Ah mordieu, traître à ton roi, tu t'es réjoui de son » meurtre, et tu as porté l’écharpe verte de sa mort !. » Cette action, et celle de Fouquerolles, qui se passaient chacune dans un coin du champ de bataille, montrent combien l'intervention de Fenri, au centre des opérations militaires, sauva de meurtres en cette journée.
Le roi la finit d’une manière digne de lui. Aü souper qu'il fit en publie à Rosny, il admit ses généraux à sa table, rompant pour eux les lois de l'étiquette, et rappro— chant du rang suprème les grands services rendus à la patrie. Instruit de l’arrivée du maréchal d’Aumont, qui, après lui, avait le plus contribué au gain de la bataille, il se leva pour aller le recevoir au bas de l'escalier, l’embrassa tendrement et lui dit : « Puisque vous avez honoré
1 Discours véritable, p. 248, 249. — Thuanus, 1. xcvtn, $ 10, p. 849. — P. Matthieu, L. 1, p. 35. — P. Cayet, L. 11, p. 218 A. — Cheverny, Mém., t. x de la collection, p. 498 B. — Journal de La Curée, p. 115, — Sully, Œcon. roy. ch. 30, p. 76 A.