LIV. I. CH. I. L ES ESPAGNOLS DÉFAITS DANS LE PAYS MESSIN
Henri. Quelques-uns de ses lieutenants sur la frontière du nord rivalisaient d’ardeur et de bonne fortune avec ceux des provinces du centre et du midi. À la fin du mois de mars, Sobole et Moret des Réaux deéfirent les Espa— gnols dans le pays messin, et taillèrent en pièces le ré-— giment de Nervèze. Ces divers combats ne coûtèrent pas moins de quatre mille hommes à la Ligue, qui du 14 mars au 11 avril, compta presque chaque jour par une défaite, et qui, d’un bout du royaume à l’autre, fut vaincue et ébranlée *.
Ces victoires remportées coup sur coup, qui semblaient devoir livrer la France à Henri, ne la lui donnèrent pas. Le préjugé populaire veut qu’il ait conquis son royaume : la vérité est qu’il n’en soumit que la moindre partie par la voie des armes. Pour qu'il le subjuguät, 1l aurait fallu qu’il n’eût affaire qu’à la Ligue, et 1l eut à combattre avec les restes formidables de la Ligue, la moitié de l’Europe. Il aurait fallu qu’il eût une armée autrement composée, plus de troupes permanentes, stipendiées avec un argent qu'il n'avait pas, et moins de volontaires. Il aurait fallu surtout que plusieurs des grands seigneurs, qui se proelamaient royaux, ne lui fissent pas une guerre couverte, aussi dangereuse que celle de ses ennemis. Ces victoires ne décidèrent donc rien ; mais elles furent loin de rester stériles. Elles entourèrent Henri du prestige de la gloire, dans le pays où toutes les classes indistinctement y sont le plus sensibles. Elles étendirent son autorité à plusieurs provinces ; décidèrent en sa faveur un certain nombre de grandes villes et de grands seigneurs restés jusqu'alors flottants et neutres ; entrainèrent de son côté le corps enter de la noblesse, dont 1l avait eu jusqu'alors la majo—
1 Voir pour ces deux paragraphes, les relations du temps dans P. Cayet, L. 11, p. 220-293; 225-229. — Thuanus, L. XCVIL, $ 12, t. IV, p. 851-854,