LIV. II. CH. IH. LE ROI RÉDUIT A UN BLOCUS CONTRE PARIS
commencer la guerre des rues et des barricades contre une mulüitude d’ennemis. Le succès était extrêmement douteux. En le supposant assuré, 1l devait être désastreux pour le roi. Paris pris entrainerait la dissipation de son armée : les volontaires se retireraient dans leurs foyers, les mercenaires 1raient mettre leur butin en sûreté : Mayenne prévoyait ce résultat et s’en applaudissait d’avance. Les motifs de politique et d'humanité étaient plus puissants encore que les raisons militaires. Paris, emporté d'assaut, devait être pillé nécessairement, peut-être brülé : le lendemain d’une si funeste éonquête, Henri devait voir son royaume appauvri par la perte d’un capital incalculable, des industries ruinées, des relations commerciales détruites. Enfin l’âme du roi se soulevait devant l’idée de mettre à la merci d’une soldatesque furieuse et des hasards de la guerre la vie de deux cent mille Parisiens, qui, pour être des rebelles, ne cessaient pas d’être des Français. « Vrai roi, dit de Thou, qui, » plus attentif à la conservation de son royaume qu’avide » de conquêtes, ne séparait pas les intérêts de son peuple » de ses intérêts !. » Il fallait donc qu’il sauvât ses propres soldats, autant que Paris, d’un assaut et d’une prise : il fallait qu'il obligeat la ville à se soumettre, à se rendre; qu’il l’amenât à une capitulation par la famine.
Dans cette vue, il s’empara de Corbeil et de Lagny (1°, 2 avril), puis successivement, dans le cours de ce mois, de Melun, Moret, Crécy, Provins, l’une des principales villes de la Brie; Montereau, Nogent, Bray-sur- Seine. Le 25 avril, 1l conduisit ses troupes devant Paris. Le 8 mai, il fit placer son canon sur les buttes de Montmartre et de Montfaucon, le 9, il prit Charenton et Saint-
1 Legrain, Décade, 1. v, p. 224 in-fol. — D’Aubigné, 1. 111, €. 6, t. 11, p. 233. — Matthieu, Hist. des derniers troubles, fol. 22 recto. — De Thou, Mém., t. x1, p. 351, collect. Michaud.