HUMANITÉ DU ROI : CRUAUTÉS DES LIGUEURS. RÉVOLTES A PARIS
chef. Les Seize craignaient la corde qu’ils avaient méritée pour les meurtres et les vols dont ils s'étaient souillés, et ils Livraient leurs concitoyens par milliers à la mort pour échapper eux-mêmes au supplice. Henri seul eut pour le peuple des sentiments de Français et des entrailles de père. Pendant la durée du blocus, 1l avait souffert que les paysans amenassent des vivres aux assiégés et que ses soldats leur en présentassent au bout de leurs piques. Au dernier moment, sa pitié s’étendit avec les souffrances. « [ne faut pas, dit-il, que Paris soit un cimetière; je ne veux pas régner sur des morts. Aimant mieux faillir aux règles de la guerre qu’à celles de la nature, consultant la sienne qui à toujours esté pleine de clémence, rompant la barrière des lois militaires, et considérant que ce pauvre peuple estoit chrétien et que c’estoient tous ses sujets, il accorda premièrement passeport pour toutes les fem-— mes, filles, enfants et escoliers qui voudroient sortir. Lequel s’estendit enfin à tous les autres, Jusques à ses plus cruels ennemis, desquels même 1l eust soin de commander qu'ils feussent humainement receus en toutes les villes où 1ls se voudroient retirer. » Ce départ de toutes les bouches inutiles eut lieu le 20 août !.
L’enthousiasme religieux qui, quatre mois durant, avait animé le peuple d’un courage sauvage, mais empreint d’une sorte de grandeur dans son égarement, avait cédé aux tortures de la faim et aux approches de la mort. Le fait seul de cette multitude demandant grâce à Henri et la recevant avec reconnaissance, suffirait pour prouver qu'on a altéré et faussé l'histoire en représentant le peuple de Paris, animé comme un seul homme, et jusqu’au bout, d'un sentiment d’invincible horreur pour l’hérésie et pour le prince qui la professait; mourant avec l’héroïsme du
1 Sommaire disc. de ce qui est advenu, Mém. de la Ligue, t. Iv, p. 326, 327. — Lestoile, Regist. journal de Henri IV, p. 29 B.