‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 277 sur 636 · LE ROI RANIME LE SENTIMENT NATIONAL. ÉCRITS DES POLITIQUES · texte numérisé non relu

LE ROI RANIME LE SENTIMENT NATIONAL. ÉCRITS DES POLITIQUES

n'avait trouvé qu'elle pour adversaire principal, et Pétranger pour son auxiliaire. Maintenant 1l comptait pour ennemis déclarés et agissant contre lui avec toutes leurs forces, outre la Ligue, qui tenait encore toutes les grandes villes et le tiers au moins du territoire, le Pape, le duc de Savoie, le duc de Lorraine, qui avait envoyé un corps d’armée en France au moment de l’entrée du due de Parme, et qui désolait la Champagne par ses incursions !, enfin le roi d’Espagne, qui poussait contre notre malheureux pays les armées de l'Espagne, du royaume de Naples, du Milanez, de la Flandre, commandées par un des plus grands capitaines de ce siècle. Le roi avait done à lutter à la fois contre la moitié de l’Europe et près de la moitié de la France. La tâche était au-dessus deses forces, avec les ressources dont il disposait. La nouvelle situation qui lui était faite ne put abattre son courage; mais elle l’avertit de modifier et d’étendre ses moyens de résistance.

Il se servit de la présence même des Espagnols dans le royaume pour ranimer chez tous l’ardeur des convictions et la pratique des principes des Politiques, c’est-à-dire la haine de l’étranger et de sa domination, la répression de l'abus de la religion, transportée dans la politique, l’horreur de l’anarchie et de la guerre civile. Dans les corps tels que les Parlements et le Clergé, ces dispositions produisirent des actes conservateurs des légitimes prérogatives de la royauté et des franchises nationales tout ensemble. Chez les particuliers, elles enfantèrent des écrits modelés sur la lettre du prince de Dombes, et sur l’Anti- Espagnol d'Antoine Arnauld. Ces ouvrages, parmi lesquels on remarque le second Discours de Hurault sur l’état de la France, la Maintenue et défense des princes souverains et églises chrétiennes, le Traité des ridicules,

1 Lettres miss. de Henri IV, du 18 novembre, t. 111, p. 308.

958 LIV. II. CH. Il. DEMI-BLOCUS PARTOUT. L'EUROPE PROTESTANTE

exercèrent une puissante influence sur l’opinion publique : après les armées et les victoires, rien ne servit mieux la cause du roi. D’Aubigné signale les effets qu'ils produisent en ces termes : « Ils ont mené les esprits aux » pensées, aux connoissances, aux affections partisanes, » enfin aux choix qui ont enflé ou diminué les partis, » soit en nombre, soit en ardeur... Ils ont dessillé les » yeux à plusieurs François et les ont amenez au service » du roy ‘. »

Henri disposa tout pour que Paris et les autres villes de la Ligue, entourées de toutes parts par les villes et les garnisons royales, restassent dans un état de demi-blocus, éprouvassent des privations et des souffrances continues, qui lassassent leur opiniätreté, et les amenassent aux pensées de soumission.

Mais le soin principal du roi fut nécessairement de s’assurer une force militaire proportionnée à celle de ses ennemis. Depuis son avénement, il n’avait eu dans ses armées qu'un corps médiocre de troupes régulières : tout le reste se composait de gentilshommes et de leurs suivants, dont le service était toujours intermittent et court, et souvent capricieux d’une manière désastreuse. Les Espagnols, au contraire, retenaient leurs soldats sous le drapeau autant que l’exigeaient les circonstances. Il sentait cette infériorité, et l’accusait au moment où il était contraint de licencier l’armée qui avait vainement réduit Paris aux dernières extrémités. « Je vois, disait-il, mon » armée quasy composée de noblesse volontaire, et celle » de mes ennemys soldoyée et nouvellement payée ?. » Il résolut de rétablir l'équilibre en se donnant, par un grand effort, une armée permanente et égale en nombre à celle des coalisés. L'Europe catholique était presque

1 D'Aubigné, Hist. univ., 1. 111, ce. 24, t. 111, p. 286, 287. ? Lettres du roi au duc de Montpensier, 5 septembre, t. Il, p. 247.

Page 1