‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 280 sur 636 · PARIS, ACHEVER CELLE DE LA NORMANDIE, ET COUVRIR LE NORD · texte numérisé non relu

PARIS, ACHEVER CELLE DE LA NORMANDIE, ET COUVRIR LE NORD

qu’à des entreprises d’une importance limitée, qu’à l’attaque de villes de second ordre.

Henri employa le petit nombre de soldats restés autour de lui à l’exécution de deux desseins. Le premier était d'occuper celles des places voisines de Paris, dont il n’était pas encore maitre, pour amener lentement cette ville à composition, par la souffrance continue, persuadé que quand le corps de la Ligue serait frappé dans la capitale, les membres périraient bien vite en province. Le second était d'avancer la réduction de la Normandie, province ! qui nourrissait ses troupes, remplissait son épargne, lui permettait de recevoir incessamment les secours de la reine d'Angleterre. [1 réussit dans cette double tentative.

Mais hors d’état de porter secours sur la vaste étendue du territoire, à tous les points du royaume menacés, et de lutter tout ensemble contre l'ennemi du dehors et l'ennemi du dedans, quand ils étaient d’accord pour l'exécution de leurs projets destructeurs, 1l vit, avec une impuissance et une douleur égales, invasion étrangère faire chaque jour de nouveaux progrès, grâce au concours de la Ligue.

Dans ce qui est relatif à la guerre, les événements particuliers de l’année 1591 jusqu’à la fin du mois de septembre, se rapportent tous à ces deux points principaux.

Dans l’ordre civil et religieux, de grands efforts furent tentés en vue de seconder ceux du roi, et des doctrines de salut pour le pays furent nouvellement et solidement établies au milieu des principes de subversion déchainés.

Depuis la reprise de Corbeil et de Lagny, le roi occupait, outre ces deux villes, celles de Melun, Saint-Denis, Poissy, Meulan, Mantes, et arrêtait une grande partie des vivres que Paris pouvait tirer des pays voisins. Les chefs de la Ligue voulurent rompre l’une de ces entraves, et,

262 LIV. 11. CH. HI. St-DENIS PERDU ET RECOUVRE. JOURN. DES FARINES

dans cette intention, le chevalier d’Aumale, l’un des princes de la maison de Guise, surprit Saint-Denis, que le brave de Vic, gouverneur seulement depuis deux Jours, n'avait pas eu le temps de mettre en défense La fin de l’entreprise fut désastreuse pour les ligueurs. De Vic rassemblant et ralliant ses soldats éperdus, aidé des habitants qui combattirent valeureusement dans les rangs de la troupe, regagna la ville pied à pied. Dans sa retraite, le chevalier d’Aumale fut accablé et périt avec une partie de ses soldats (3 janvier 1591). La fin de ce grand champion de la cause prétendue catholique, fut digne de sa vie. Il succomba pour s’être retiré trop tard devant l’ennemi, en s’oubliant à l'hôtellerie de l’Epée royale dans les bras d’une courtisane. Le roi, à la Journée des Farines, essaya vainement de s’emparer de Paris au moyen des intelligences qu’il entretenait dans la place (30 janvier). Mais 1l réussit dans le projet de resserrer chaque Jour Paris, et d'ajouter à ses souffrances. Après deux mois et demi d’un siége mémorable, il prit Chartres. La ville défendue par une garnison de six mille hommes, moitié soldats étrangers, moitié bourgeois aguerris, attaquée au début par le ravelin de la porte des Espars, qui était le côté le plus fort, opposa d’abord une vive résistance. Plus tard, les travaux furent portés vers le côté d’enbas, celui de Saint-André, près de la porte Rouaise, qui était le plus faible : la brèche fut alors incontinent et facilement ouverte. À quelques jours de là, Chastillon, fils de Coligny, versé dans les mathématiques et la mécanique, l’un de ces réformés en avance sur leur siècle par l’étendue de leurs connaissances, inventa et construisit un pont de bois couvert, qui permettait de franchir le fossé, de con— duire les assiégeants, à abri de toute attaque, de la contrescarpe à la brèche. Les habitants échappèrent au danger d’être pris d'assaut en se soumettant: le vendredi-saint

Page 1