LIV. 11. CH. III. LE PEUPLE DE PARIS PASSE AUX POLITIQUES
leurs dispositions. Tandis que la majorité de la bourgeoisie, échappée aux tortures de la famine, était revenue aux sentiments de la Ligue francaise, à l’aversion pour un roi hérétique, Le peuple, plus sensible à ses besoins que fidèle à ses opinions, les artisans, le petit commerce se montraient prêts à déposer les armes, à reconnaitre Henri, et passaient au parti des Politiques. Voici à cet égard la déposition d’un témoin oculaire : « Le commun peuple, qui voyoit qu'on ne le repaissoit que de baies, et que tout le secours qu’on leur promettoit n’étoit que vent, mesdisoit à pleine bouche du duc de Mayenne, et le donnoit au diable avec la guerre, nonobstant les sermons de leurs curez et prédicateurs, dont ils estoient tous bercés, et commencoient à ne s’en plus guères soucier. Ils ne se soucioient qui l’emportast, pourvu qu’on les mist en repos !. » La force était du côté de Mayenne, des Seize et de la garnison espagnole, dont nous parlerons bientôt : ces nouveaux sentiments du peuple demeurèrent done comprimés en ce moment; mais ils entrèrent pour beau— coup dans les événements dont Paris fut Le théâtre à la fin de cette année, et, plus tard, l’occasion donnée, dans le dénoûment de la situation.
Tandis que le roi s’étendait en Beauce et en Picardie, ses lieutenants soumettaient à sa domination plusieurs villes et districts de Normandie qui ne l'avaient pas reconnu jusqu'alors. Le duc de Montpensier prenait Avranches, et achevait ainsi la réduction de la basse Normandie: dans la haute, Biron et son fils soumettaient Caudebeec, Harfleur, Fécamp, Louviers, et ne laissaient plus guère à la Ligue que Rouen et le Havre (du mois de janvier au 6 juin) (1591) *
1 Lestoile, p. 50 B.
2? Lettres de Henri IV du 11 février, des 3 et 9 mars, t. III, p. 340, 347, 350, 351, — P, Cayet, 1. 111, p. 268 A, à la fin; 287, 288, 307, 308,