XXXII PRÉFACE
dérés comme notre palladium ; l'obligation enfin imposée à tous les pouvoirs et à tous les corps de l'Etat « de se précautionner, » à l'exemple de leurs généreux ancêtres, contre les entreprises » et les usurpations des étrangers; » et de les empêcher de s’immiscer dans les affaires intérieures et politiques de la France.
Tout cela est extrait textuellement des écrits des Politiques, et leur conduite répond aux maximes qu’ils professent. Catholiques sincères, mais libres de préjugés et guidés par une raison ferme, lors du grand débat qui, en 1585, après la mort du duc d'Alençon, s’est agité devant la France entière sur l’éventualité de la succession de Henri IT, is se sont convaincus par la discussion, et par des précédents de neuf années en Navarre et en Béarn, que Henri de Bourbon ne prétend qu'à garder sa religion; qu'il n'a-jamais pensé et qu'il ne peut songer à détruire le éatholicisme, par la raison qu'il n’est ni persécuteur, ni insensé et disposé à tenter l'impossible. Dès ce moment, ils ont résolu de lui appliquer le bénéfice de notre droit publie, et de l'appeler à la couronne après Henri HE.\IIs ont des protestations aflichées à Rome contre la bulle de Sixte- Quint, qui prive le roi de Navarre de ses principautés héréditaires et de la succession au trône de France !. Ils ont des protestations contre l’usurpation du due de Guise, adressées au duc lui-même el jetées à sa face. Après l'assassinat de Henri IT, 1ls portent Henri IV au trône ; ils le font reconnaitre dans toutes les villes où ils sont maîtres, au sein de tous les corps où 1is ont autorité, d’un commun consentement, d’un commun effort, et ils s’indignent de trouver ç des âmes assez » foibles pour ne pouvoir gouster l’obéissance qui est due à » son prince, de quelque religion qu'il fasse profession. » Ils bravent pour lui la Conciergerie, la Bastille, le pillage de leurs maisons, l'exil, les chances de la proscription, si son parti
1 La protestation affichée à Rome, le 6 novembre 1585, contre la bulle de Sixte-Quint, est l'ouvrage non d’un calviniste, mais du catholique politique Lestoile, comme on le voit par son registre-journal du règne de Henri II, page 190 B, édit. Michaud. « Au susdit escrit, fait » par l’auteur des présents mémoires, on a fait faire du palais de Paris » un voyage à Romme, où on l’a mis, signifié et affiché. »
PRÉFACE. XXXHII
succombe. Ils le soutiennent de leurs arrêts, de leurs déclarations, de leurs discours, de leurs écrits, depuis son avénement jusqu’à son absolution, jusqu'au moment où la Ligue et la cour de Rome ont cessé de mettre son autorité en péril. A aucune époque peut-être de notre histoire, le courage civil ne s’est signalé par des actes aussi dévoués et ayant une semblable portée. C’est la gloire éternelle de la magistrature et d’une partie de la bourgeoisie. |
Les prélats de l'Eglise gallicane suivent les mêmes maximes, la même ligne de conduite que les Politiques de l’ordre laïque. Dès la fin de 1589, sur cent dix-huit évêques et archevèques qu'on compte alors en France, cent adhèrent à la royauté du calviniste Henri IV. En 1591, dans leur assemblée de Chartres, ils formulent la mémorable déclaration qui met ses droits à abri des coups que leur portent les bulles monitoriales de Grégoire XIV. En 1593, l’un d’eux, l’archevèque de Bourges, dans la discussion de la conférence de Suresne, soutient tout à la fois la légitimité de son pouvoir, les droits de sa couronne, et les doctrines protectrices de l'Eglise gallicane. Quelques mois plus tard, ils reçoivent son abjuration à Saint-Denis, le réconcilient avec l'Eglise, et en même temps avec la moitié de la France. La paix acquise, ils s'associent à ses travaux pour la prospérité du pays, pour le développement de l’industrie, et plantent des müûriers dans tous les évêchés du royaume. Enfin, on les trouve à la fin de ce règne, envoyant leurs missionnaires en Amérique, dans l’Acadie, au Canada, répandant l’agriculture et les bienfaits de la civilisation, propageant chez les sauvages la foi par la persuasion, protestant par tous leurs actes contre les cruautés et les dévastations des Espagnols, rendant à la religion de l'Evangile son esprit de charité et sa pureté sublime. Tous ensemble, ils tracent en caractères ineffaçables l'une des plus grandes et des plus belles pages de l’histoire de l’Eglise de France.
Quand on examine avec attention le corps des doctrines des Politiques en matière de gouvernement et en matière de religion ; quand on y trouve si fortement établi ou sauvegardé tout ce que le souverain, le citoyen et l’homme ont de plus précieux, on voit bien ce que les deux siècles suivants ont souvent,