XXXIV PRÉFACE
et pour longtemps, abandonné de ces grands principes avant d’y revenir; mais on cherche vainement ce qu’ils y ont ajouté. Parmi ces doctrines, celles relatives aux droits et prérogatives de la couronne et de la nation dans leurs rapports avec la société religieuse, et ceiles concernant les libertés de l'Eglise gallicane, ont une sagesse et une haute utilité pratique dont on devrait être averti, en songeant que le dernier père de l'Eglise, Bossuet, et après lui tous les prélats éminents par leurs lumières jusqu'au cardinal de la Luzerne et à M. de Beausset, les ont tour à tour adoptées, y ont mis leur attache et leur sanction. Nul culte n’est assuré de son existence, s’il peut porter atteinte aux droits essentiels de la nation et aux droits du prince. La-moitié de l’Europe n’a embrassé la Réforme, ou n’est restée ferme dans le schisme grec, que parce que les nations qui sont sorties de l’Église, ou qui sont demeurées en dehors, n’ont pas trouvé de suffisantes garanties contre les atteintes que leur portait, ou contre les craintes que leur imspirait la puissance ecclésiastique. Quatre fois la France a été sur le point de se détacher du Saint-Siége, de se donner un patriarche, et en continuant d’être catholique-apostolique, de cesser d’être romaine, sous Henri IV, en 1594 et au commencement de 4595, sous le ministère de Richelieu, sous Mazarin, sous Louis XIV en 1682 et 1687. Tout autant de fois elle s’est désisté des projets de rupture, parce que le souverain:et le peuple ont regardé les libertés gallicanes, dont l’État et l’Église nationale étaient en possession, comme une arme suffisante pour défendre leurs droits et leurs grands intérêts, dans leurs différends avec la cour de Rome, sans recourir à une séparation. En 1810, après son excommunication, Napoléon disait en propres termes, qu'il renonçait à un schisme où il entrainerait quarante millions d'hommes, parce qu’il avait trouvé dans ces libertés les moyens d'assurer l'indépendance du pouvoir eivil. Parnu les documents d’un si haut intérêt, dont abonde le grand et bel ouvrage de M. Thiers, celui qu’il fournit sur ce point, est sans contredit l’un des plus curieux et des plus importants !. Les libertés gallicanes, que les Politiques ju-
1 M. Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire, liv. XXXVIIL, É. XIE,