LIV. 11. CH. III. ARRÈTS DES PARLEMENTS DE TOURS ET DE PARIS
cernait sa propre religion. Il renvoya aux Parlements et au Clergé de France les bulles du pape pour en faire justice, dans tout ce qui attentait à l'indépendance nationale et aux libertés de l'Eglise gallicane. Par un second édit du même mois, il rétablit l’édit de Poitiers de 1577, et abolit tous ceux que les violences de la Ligue avaient arrachés plus tard’ à Henri IIT. La conséquence de ces dernières mesures était à la fois l'annulation des actes qui avaient porté atteinte aux droits de la royauté, et la réintégration des calvinistes dans la liberté de conscience et du culte la plus étendue qu'ils eussent Jamais obtenue. C'était un grave avertissement donné à tous que dans la conjuration des diverses puissances catholiques contre le roi, il lui fallait bien chercher un point d'appui du côté de la Réforme; cela donnait à penser pour l’avenir.
Le Parlement de Tours enregistra ces édits par arrêts en date des 5 et 6 août. Il adopta toutes les conclusions et toutes les dispositions de l'arrêt du Parlement de Châlons, et il en Joignit une particulière contre la cour de Rome. Il défendit de s’adresser à cette cour à l’effet d’en obtenir aucunes bulles ou provisions pour les dignités ecclésiastiques ; intima aux juges de n’avoir aucun égard à celles qui pourraient être obtenues ; ordonna aux banquiers et autres personnes de ne porter aucun argent à Rome, le tout sous peine du crime de lèse-majesté. C'était un coup sensible porté à la fois à l'autorité et aux finances du pape.
Le Parlement de Paris essaya, mais vainement, d’infirmer l’autorité des arrêts des Parlements de Châlons et de Tours par celui qu’il rendit le 25 août. L'opinion publique distinguait entre les soixante-dix-huit membres du Parlement Brisson, dominés par les Seize, et les deux cents membres du Parlement de Tours : elle mettait une plus profonde différence encore entre la légitimité des deux causes.