‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 299 sur 636 · LESDIGUIÈRES. PROGRÈS DES ESPAGNOLS EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

LESDIGUIÈRES. PROGRÈS DES ESPAGNOLS EN BRETAGNE

duc de Savoie avait envahi toute la partie méridionale de cette province, et, en s’emparant de Marseille, s'était saisi de l’une des quatre villes les plus importantes de France, de son meilleur port sur la Méditerranée, du tiers environ . de son commerce extérieur ‘. |

A l'occident du territoire, en Bretagne, les pertes, quoique moins considérables, furent encore très-sensibles. Pour prix du secours de quatre mille hommes qu'il fournissait à Mercœur, Philippe ÎT se fit céder par lui le port et la ville forte de Blavet. Henri redoubla d'efforts pour chasser l’ennemi. Il dirigea sur ce point, outre un corps d’Allemands, tous les auxiliaires que lui fournissait Elisabeth, presque aussi intéressée que lui à ce que l'Espagnol ne prit pas pied en Bretagne, en face de l’Angleterre. Il donna pour conseil au jeune prince de Dombes, et pour chef à ces troupes et à la noblesse bretonne, La Noue, dont les talents et l'expérience promettaient les plus heureux succès. Mais La Noue fut tué au siége de Lamballe. La mort de ce chef illustre arrèta toutes les opérations décisives à la fin de cette année, et prépara le grand revers qui devait bientôt nous frapper sur la frontière de Bretagne ?.

Dans les projets de Philippe IT pour l’iuvasion de la France tout se lait. L’occupation de plusieurs grandes villes et d’une partie du territoire de quatre provinces, la présence surtout de ses armées et de celles de son gendre en Provence, en Languedoc, en Bretagne, dans l’Ilede-France, en Picardie, devaient concourir avec un

1 Véritable discours de la défaite de l’armée rebelle au roi en Provence, faite par celle de Sa Majesté, à Esparon de Palières. — Discours de la défaite de l’armée du duc de Savoie, faite par le sieur Lesdiguières en la plaine de Pont-Charra, dans les Mém. de la Ligue, t. Iv, p. 354-358, 627-633. — P. Cayet, L. ur, p. 272, 273, 308, 306.

2 P. Cayet, I. 111, p. 300,301. — Thuanus, L cr.

282 LIV. Il. CH. IV. CONSPIRATION DES SEIZE ET DU CLERGÉ LIGUEUR

grand effort fait par ses partisans et ses sicaires, au centre même de la Ligue, pour lui livrer tous les pouvoirs publics et la souveraineté, après que l’on aurait tout au moins dégradé Mayenne et le Béarnais, si l’on ne parvenait à s’en défaire.

Les Seize et le clergé de la Ligue à Paris, ee à Philippe IT, conspirèrent ; pendant tout le cours de cette année en sa RN Le résultat final du complot était de établir

lui ou sa fille. Les moyens successifs d'exécution Fee l'excitation d’une fureur fanatique et sanguinaire chez le peuple; la tentative d'enlever à Mayenne ses pouvoirs par une mesure d'administration publique, et ensuite par un soulèvement à main armée ; un engagement solen— nel pris avec le roi catholique, l’envahissement du pouvoir judiciaire, l’usurpation de l'autorité et de la force armée communale, l'établissement d’un pouvoir dictatorial, l’essai d’un massacre général de tous les citoyens, ligueurs ou non ligueurs, qui rejetaient la domination espagnole.

Dès le 13 mars, les prédicateurs de la Ligue commencèrent à jeter dans l’esprit du peuple les idées de massacre et de pillage, les maximes de révolte contre tous les pouvoirs, dont 1ls voulaient l’empoisonner. « Boucher, qui preschoit le carème à Saint-Germain-l’Auxerrois, s’estant mis sur le Béarnais et les Politiques, dit qu’il falloit tout tuer et exterminer; que desjà, par plusieurs fois, il les avoit exhortés à ce faire, mais qu'ils n’en tenoient compte; dont ils se pourroient bien repentir. Il dit qu’il estoit grandement temps de mettre la main à la serpe et au couteau, et que Jamais la nécessité n’en avoit ésté si grande... Il ne prescha que sang et boucherie, mesme contre ceux de,la cour et de la justice, qu’il crioit ne rien valoir du tout; excitant le peuple par gestes et paroles atroces à leur courir sus et à s’en défaire. [ dit aussi

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