POUR ÉTABLIR ROI PHILIPPE IH. PREDICATIONS FURIBONDES
qu’il eust voulu avoir tué et estranglé de ses deux mains ce chien de Béarnois; et que c’estoit le plus DA et agréable sacrifice qu’on eust sçu faire à Dieu !
Il faut bien remarquer que parmi les Potins Boucher comprenait le parlement Brisson, qui alors même frappait de ses arrêts le roi et son parti; que par conséquent il proscrivait non seulement les partisans secrets de Henri, mais aussi les partisans de Mayenne et de la Ligue française, en un mot, tous ceux qui faisaient obstacle à l’usurpation de l’étranger. Mayenne, au lieu de réprimer les prédicateurs, voulut conserver auprès d’eux une misérable popularité : sur leurs clameurs il exila presque toute la Cour des comptes de Paris (1° avril) ?. Cette lâcheté devait accroître et accrut leur audace. Dès lors, et jusqu’à la mi-novembre, c’est-à-dire pendant plus de sept mois, les chaires de toutes les églises de Paris, excepté quatre, retentirent chaque dimanche, chaque Jour de fête, de déclamations furibondes qui, sous prétexte qne la religion était en péril, poussaient les masses à une guerre d’extermination contre le roi et contre la bourgeoisie de Paris tout ensemble. D’une part le ridicule et l’odieux étaient répandus sur la naissance, la personne, l'autorité et la religion du rot; d’une autre, le peuple était excité à se jeter comme une bête féroce sur des classes entières de citoyens, qu'on désignait à sa vengeance et à son avidité. Tout cela était exprimé dans un langage que l’on ne parle que dans les mauvais lieux, et dans le bagne, parmi les assassins. Jamais, depuis sa naissance, la religion n’avait été si déshonorée. Une sorte d’émulation s'établit entre les prédicateurs à qui irait le plus loin dans cette voie; et Boucher, Rose, Aubri, Lucain, Cueilly, Commelet acquirent alors une odieuse cé-
! Lestoile, l’un des auditeurs de Boucher, Registre journal, p. 45 A. ? Lestoile, p. 47 A
984 LIV. if. CH. IV. LEURS EFFORTS POUR RENVERSER MAYENNE.
lébrité, que l’histoire leur conserve, et leur inflige auJourd’hui comme châtiment ?.
En ruinant de tout leur pouvoir la fortune du roi, les Seize n'avaient accompli que la moitié de leur tâche : 1l fallait détruire aussi l'autorité de Mayenne pour faire place à la souveraineté unique du roi catholique. Les Seize y travaillaient avec ardeur. Ainsi la révolte s’en prenait audacieusement à Mayenne, révolté lui-même contre Henri I et contre Henri IV : c’est l’éternelle histoire des révolutions et des factions. Dès que les Seize se sentirent appuyés par la garnison espagnole entrée dans Paris, ils présentèrent au lieutenant-général, à la fin de février, une requête et des mémoires tendant aux fins suivantes : 1° Le conseil de l’Union devait être rétabli et renouvelé. Par suite de la nouvelle composition, tous les partisans de Mayenne, tous les membres des notables familles de la Ligue devaient en être exclus, et faire place aux prédicateurs séditieux, aux hommes de la lie du peuple ou à leurs représentants. Comme les actes législatifs auraient été rendus et les intérêts généraux de la Ligue décidés en grande partie par ce conseil, Mayenne devait s’attendre à voir un pouvoir rival surgir contre son pouvoir, et commencer contre lui une guerre de tous les moments. 2° Tous les citoyens, convaincus d’avoir favorisé l’ennemi, même par une communication ou un avertissement quelconque, devaient être déclarés hérétiques et traités comme tels : leurs biens confisqués seraient appliqués aux besoins de la ville, ou partagés entre ceux qui en seraient dignes. 3° Leur innocence ou leur culpabilité serait prononcée non par le Parlement de la Ligue, par les juges ordinaires, mais par un tribunal révolutionnaire, composé de commissaires bons catholiques et bien pensants. D'où il résultait que tous les adversaires
1 Lestoile, Registre-journal, de la page 45 B à la page 66, passim.