LIV. II. CH. IV. OFFRE DU TRÔNE POUR LUI OU POUR SA FILLE
« Nous pouvons certainement asseurer Votre Majesté catholique que les vœux et les souhaits de tous les catholiques sont de voir Votre Majesté catholique tenir le sceptre de ceste couronne et régner sur nous, comme nous nous jettons très volontiers entre ses bras, comme notre père, ou bien qu’elle y establisse quelqu'un de sa postérité.
» Que si elle veut nous en donner une autre qu’elle-mesme, il lui soit agréable qu’elle se choisisse un gendre, lequel, avec toutes les meilleures affections et toute la dévotion et obeyssance que peut apporter un bon et fidelle peuple, nous recevrons pour roy.
» Nous espérons tant de la grâce de Dieu sur ceste alliance, que ce que nous avons receu de cette très grande et très chrestienne princesse, Blanche de Castille, mère de notre très chrétien et très religleux roy sainct Loys, nous le recevrons, voire même au double, de ceste grande et vertueuse princesse fille de Sa Majesté, laquelle, par ses rares vertus, arreste tous les yeux à son object; pour en alliance perpétuelle fraterniser ces deux grandes monarchies, sous leur règne, à l’advancement de la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, splendeur de son Eglise, et union de tous les habitants de la terre sous les enseignes du christianisme, »
La Sorbonne écrivit au roi d’Espagne une lettre con— forme en tout à celle des Seize. L'une et l’autre furent portées au roi d’Espagne par le P. Mathieu, justement surnommé le courrier de la Ligue, lequel avait mission de réclamer de Philippe assistance et secours pour les Seize, dans le combat qu'ils allaient livrer au gouvernement existant et à la société !.
La conclusion de cette rhétorique confite en hypocrisie était de donner pour roi à la France ou Philippe IT luimême, ou sa fille, ce qui était la même chose; de lui livrer le pays dont son père et lui-même, depuis plus de soixante ans, avaient tenté l’asservissement par toutes les voies de la force et de la ruse. Dans toute notre histoire,
1 Le texte entier de la lettre des Seize se trouve parmi les pièces ajoutées aux Mémoires d’Estat de Villeroy, édit. in-19, t. 111, p. 17-29 et une partie du texte dans P. Cayet, 1. 111, p. 323 B, 324 À. — L lettre de la Sorbonne dans Lestoile, Supplém., p. 63 A.