LIV. II. CH. IV. PROJET DE PROSCRIPTION : LE PAPIER ROUGE
avec l’accusé, comme complice de son prétendu complot contre la ville et contre la religion.
Dès les premiers jours de novembre, les Seize arrêtèrent d’envelopper dans une proscription générale le Parlement et la bourgeoisie, la Ligue française, tous les hommes honnètes ayant quelque chose à perdre, hostiles à la domination espagnole. Le massacre devait s’étendre à cette classe entière de citoyens, comme il s’était étendu à tous les calvinistes le jour de la Saint-Barthé— lemy. Deux des principaux chefs des Seize, Cromé et Launoy, établissaient eux-mêmes cet horrible rapprochement. Ils disaient « qu’une Saint-Barthélemy estoit bien à propos par le temps qui couroit, et qu'une saignée de veines céphaliques estoit nécessaire pour la santé et restauration de l’Estat. Et en reniant Dieu par trois et quatre fois, ils ajoutoient que les juges de Brigard en mourroient. » Dans chacun des seize quartiers de Paris, ils dressèrent une liste ou papier rouge, contenant la liste de leurs victimes. « Cette liste ou papier rouge estoit un rôle que les Seize avoient dressé de tous les Politiques de Paris qu’ils appeloient, c’est-à-dire de tous ceux qu'ils tenoient pour serviteurs du roy en leur cœur, fauteurs et adhérents de son party, et qui ne trouvoient bonne la volerie, la penderie et la cruauté, qu’ils nommoient zèle de Dieu, pour la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine. Eu ce rôle, ils avoient mis aussi comme Politiques tous ceux, quelque grands catholiques et zélés qu’ils fussent, lesquels, comme vrais et naturels Francois, refusoient de se soumettre à la domination es-— pagnole. Or, de tous ces Politiques qu'ils appeloient, qui estoient les plus honnêtes hommes et gens de bien de Paris, ils avoient résolu en leur conseil d’en pendre et daguer une partie, et chasser les autres. Et pour ce, en leurs rôles, ils les distinguoient par ces trois lettres :