LIV. 11. CH. IV. RÉVOLUTION POLITIQUE ET SOCIALE OPÉRÉE
La punition des chefs des Seize n’était que le premier acte de l’œuvre que Mayenne avait projeté d'accomplir. Il rétablit le Parlement dans la plénitude de son pouvoir et nomma quatre nouveaux présidents. Il fit prêter aux colonels, capitaines et soldats de la garde bourgeoise un serment aux termes duquel ils s’engageaient à ne prendre les armes que par l’ordre de l'autorité légitime; à com-— battre quiconque essayerait de troubler la paix publique ou entreprendrait contre les magistrats; à saisir les coupables et à les livrer à la justice. Sur deux cents capitaines environ, à peine quinze refusèrent le serment et furent destitués. Mayenne détruisit le conseil particulier des Seize, différent, comme nous l’avons dit, du conseil général de l’Union; il défendit de tenir désormais des assemblées pour délibérer et traiter d’affaires quelconques, à peine de la vie contre les assistants, et du rasement des maisons dans lesquelles les réunions auraient eu lieu. Il étendit ces mesures à toutes les grandes villes de la Ligue. La paix publique rétablie, il arrêta le cours des rigueurs en donnant des lettres d’abolition à ceux des Seize que n'avait point atteints sa justice ‘,
Par ces actes divers, Mayenne opéra une révolution. Au point de vue de l’ordre social et de la liberté civile, les citoyens honnêtes et les propriétaires furent arrachés au danger de perdre leurs biens, leur liberté, que la fac tion des Seize et la partie viciée de la populace avaient si
1 La partie de la conspiration des Seize, comprise entre leur lettre au roi d'Espagne et la destruction de leur faction, est enfermée dans les onze paragraphes précédents. Pour cette curieuse, période, voir Lestoile, Registre journal du règne de Henri IV, et son Supplément, p. 63-75, 78. — Villeroy, Apol. et dise., t. x1, p. 77, 78, tous deux témoins et acteurs. — P. Cayet, 1. 117, p. 324-334 , d’après les relations du temps les plus circonstanciées. — Thuanus, !. cu, $$S 12, 13, 14; t. v, p. 104-107. — Registre de l’hôtel-de-ville de Paris, vol. xt, fol. 248, 252-258. — Nevers, Mémoires, t. 11, p. 624.