SITUATION DE PHILIPPE IL ET DU ROI. FORMATION DU TIERS-PARTI
en ce moment passait la frontière, sous les ordres de Farnèse, auraient pu mettre sous sa loi tous les pays situés entre la Flandre et la Loire, et peut-être lui livrer plus tard les autres provinces. Ces chances de succès lui fu— rent enlevées. Il fut hors d’état d’attenter actuellement, présentement, à indépendance du royaume. Mais il n’en restait pas moins pour nous un implacable et formidable ennemi. Ses troupes continuaient à oecuper sur trois points notre territoire; ses garnisons tenaient plusieurs de nos villes principales et Paris lui-même ; dans toutes les villes de la Ligue, ses intrigues et'son or lui gagnaïent chaque jour quelques partisans nouveaux parmi les gouverneurs, les notables citoyens et les magistrats municipaux. De plus, dans la poursuite générale de ses desseins, dans l’ensemble de ses moyens d’attaque contre notre malheureux pays, 1l avait trouvé, au moins pour l’avenir, une compensation à l'échec qu’il venait d’essuyer. Les dissensions nées au sein du parti royal, et l’aflaiblissement nécessaire qui en résultait, étaient la revanche que notre mauvaise fortune lui donnait contre la France.
Dès le mois de mars de cette année 1591, pendant le siéce de Chartres, une dangereuse scission s’était opérée dans le parti et dans la famille du roi. Bon nombre de catholiques royaux qui voulaient pour souverain un prince catholique, se montraient découragés et rebutés des délais apportés par Henri à sa conversion. Le jeune cardinal de Bourbon, cousin du roi, se donna pour chef à ces mécontents, se flatta de parvenir à la couronne avec leur appui. Il fut secondé dans ses projets par son frère le comte de Soissons. Au dehors, il écrivit au Pape, pour faire valoir ses prétentions et obtenir une décision qui les favorisät. Au dedans, il se mit dans un état de conspiration latente, mais continue, contre Henri. Cette fac-