LIV. II. CH. IV. LE ROI À LA TÊTE DE L'ARMÉE ÉTRANGEÈRE
tion s’appela Tiers-parti. Les Politiques ayant porté ce nom sous Charles IX et sous Henri IL, quelques auteurs modernes, même parmi les érudits, ont confondu les uns avec les autres sous Henri IV : c’est une grave erreur, au temps de Henri [V, le Tiers-parti était précisément l'opposé du parti politique ‘. Après avoir restitué à cette faction son caractère, 1l importe de signaler son in— fluence : au sein du parti royal, du parti de la légalité, de l’ordre, de l’indépendance nationale, elle introduisait l’antagonisme et l’affaiblissement.
Henri espérait entore avoir raison de ces ennemis intérieurs et extérieurs conjurés contre lui, dissoudre et mettre à néant le Tiers-parti, accabler la Ligue, chasser le roi d'Espagne des villes et des pays où 1l s'était can— tonné, et vaincre ses lieutenants, s’il osait les renvoyer dans le royaume. Il se flattait de délivrer la France, en gardant sa religion, si la voix de la conscience lui commandait de persévérer. Dans cette tentative décisive, il comptait sur la grande armée étrangère et protestante, qu'il ramassait depuis près d’un an, avec des peines infinies. Il avait vendu des portions de son domaine privé ou de la couronne de Navarre, jusqu’à concurrence de 200,000 écus de ce temps-là ; des portions du domaine de la couronne de France en Normandie pour 300,000 écus, des rentes pour 6000 livres : 1l avait contracté en outre des emprunts à l’étranger. Au moyen de ces diverses ressources, 1l s'était procuré plusieurs millions pour payer ses troupes auxiliaires, et leur solde se trouva prête au moment où elles entrèrent en France *, Il alla
1 Thuanus, Hist., L. cr, 8$ 7, 9,t. v, p. 55, 56, 58, 59. — De Thou, Mémoires, t. XI, p. 352, coll. Michaud. — P. Cayet, L. 11, p. 395 B. — Villeroy, Apol. et dise., t. xI, p. 191 B.
2 Mémoires de M"* Duplessis, t. 1, p. 198, 202, 203, pour la vente de 200,000 écus de domaine privé, ou domaine de la couronne de Navarre. — Lettres missives des 14 juillet et 3 septembre 1591, t. Ir,