LIV. II. CH. V. CALCULS ET CONDUITE DE BIRON
seroit la ruine de l’État et de la maison de Bourbon !. » Il tenta dé surmonter ces difficultés en leur laissant le commandement, et en confiant à Biron la conduite des opérations du siége de Rouen; mais en multiphant, en épuisant personnellement ses efforts pour prévenir ou pour réparer leurs fautes. Il trouva à lépreuve que la tâche était au-dessus de ses forces, et probablement'audessus des forces humaines.
Outre les raisons générales et communes à son parti,
Biron avait un motif particulier de dissiper en pure perte les forces de Henri. Le roi n’avait pu lui abandonner en toute propriété le comté de Périgord, sous peine de res— susciter la féodalité, de ramener la royauté à l’impuissance, la France à l’anarchie du moyen-âge, tous les grands seigneurs voulant bientôt avoir ce que Biron aurait obtenu. [Il avait cherché à contenter son ambition par des. compensations , par la large part qu'il lui avait donnée dans la conduite des affaires. « Non-seulement, dit un historien du temps, le commandement général des armées roulait sur lui, mais encore les affaires du gouvernement, les délibérations dans le conseil d'Etat, les négociations avec les étrangers, tout ce qui concernait l'intérieur du royaume, se réglaient par ses avis : ses flatteurs l’appelaient publiquement le père nourricier du roi. Cet immense crédit ne le satisfaisait pas. A la faveur de la guerre, il espérait parvenir au comble de la puissance et des honneurs. Il ambitionnait, pour récompense de ses services, les mêmes charges et les mèmes titres que possédait le duc de Mayenne. » Aïnsi c’était la lieutenance générale qu'il poursuivait. Henri avait résisté jusqu'alors; en le faisant tout-puissant , il l'avait maintenu subordonné : il avait refusé de se dégrader lui-même, de se placer à l’é-
1 Sully, Œcon. royales, c. 33, page 91 A.
2? Davila, L. x111, p. 285, 298.