SIÈGE DE ROUEN
gard de Biron dans la situation de Henri HI à l’égard du duc de Guise, de ressusciter les hontes et les désordres de ce règne. Le plan du vieux maréchal était de dompter sa résistance par des revers; de l’amener au point d’être convaincu qu'il n'avait que des désastres à attendre, tant qu'il ne lui aurait pas remis entièrement la conduite des armes ; de le contraindre à lui abandonner son autorité, en se contentant d’un vain titre. Aux motifs généraux et : constants qui le poussaient à traverser la fortune du roi, venait se Joindre un mécontentement particulier et récent. Il lui avait demandé le gouvernement de Rouen, après la réduction de cette ville : Henri, engagé de parole avec le duc de Montpensier, gouverneur de Normandie, avait été contraint de le lui refuser : de là chez Biron une profonde irritation.
Ce n’est pas seulement Sully, ce sont presque tous les contemporains qui témoignent qu'au siége de Rouen, le vieux maréchal « fist toutes choses par despit, et ne vou- » lut nullement que la ville se prist ". » Au début du siége, plusieurs demandaient qu’en se conformant à la grande maxime de guerre, vèlle prise, château rendu, on dirigeât tout d’abord les attaques contre Rouen. Ils se fondaient sur ce que la ville était alors mal fortifiée et mal pourvue de munitions, et ils prétendaient, avec la plus grande apparence de raison, que la prise de la place en— trainerait celle de la citadelle. Biron laissa d’abord à l'actif et intelligent Villars, gouverneur de Rouen, le temps nécessaire. pour mettre le fort Sainte-Catherine dans un état formidable de défense. Il porta ensuite sur cette citadelle tontes les forces et toutes les attaques de l’armée royale. Les royaux trouvant à chaque pas un re-
1 Sully, Œcon. roy., c. 33, p. 89 À, 90. — P. Cayet, L. 1v, p 356 B, 357 B, et Legrain, Decade, confirment à cet égard le témoignage de Sully.