‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 33 sur 636 · PRÉFACE. XXXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXVII

de désorganisation intérieure. Si elle restait dans cet état, les résultats déjà obtenus dans la lutte contre l'Espagne et la maison d'Autriche n'étaient que des résultats précaires, puisque sa faiblesse pouvait l’en priver dans un avenir rapproché. D'un autre côté, au milieu des privations et des souffrances des individus, elle s’abaissait comme nation, et devenait incapable soit de hâter, soit de suivre même les progrès de la civilisation. Ce n’était pas tout : si sa détresse persistait, aucun peuple de l’Europe n’avait désormais à tourner les yeux vers elle, à rien attendre de son assistance dans les efforts qu’il pouvait tenter, lui aussi, pour assurer son indépendance et sa liberté religieuse : la solidarité politique et chrétienne n’existait plus en Europe.

Deux causes semblaient devoir opposer un insurmontable obstacle à la régénération de la France : l’excès même de la misère et du désordre; les idées, les passions, et jusqu'aux habitudes du roi. L’un de ses serviteurs, qui ne l'avait pas quitté depuis sa première jeunesse, donne en ces termes le résumé de sa vie jusqu’au jour où 1l signa la paix avec le duc de Savoie : « Les lauriers qui couvrent son chef vénérable ont » été cueillis au champ de trois batailles rangées, de trente- » cinq rencontres d’armées, de cent quarante combats, de » trois cents siéges de places, où toujours son courage et son » bras ont paru. » Get homme de fer, qui avait pris les armes à quinze ans, les portait encore à quarante-six, elles étaient à la fois sa vie et sa gloire. Mais la France ne pouvait se rétablir et se relever qu’au milieu d’une paix profonde, et il avait promis aux Notables assemblés à Rouen de la sauver de la ruine, après l'avoir sauvée de la perte. Maïîtrisant ses goûts, domptant ses instincts, quittant toutes ses habitudes, il remit l'épée dans le fourreau, se condamna à dix ans d’une paix continue pour se faire exclusivement législateur et administrateur, s’interdit la guerre comme un crime, parce qu’elle était contraire à l’intérêt public. Get acte de renoncement volontaire à soi-même . est ce qui le caractérise d’une manière particulière dans l’histoire. C’est par là qu’il diffère de tous les souverains venus après lui et qu'il les domine. Si, dans sa vie privée, 1l céda aux passions et connut les faiblesses, comme homme public,

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