COMBATS D'YVETOT ET DE RANSON : DANGER DES DUCS
même des fontaines à un prix très élevé, tandis que la paille et les fourrages manquaient absolument. Ils avaient déjà perdu le tiers de leur armée par la maladie, les combats et la désertion, quand ils levèrent leur camp le 11 mai, et allèrent prendre position à Ranson, village distant d’un quart de lieue de Caudebec. Davila et les autres écrivains militaires reconnaissent qu'ils étaient alors dans un extrême péril, dans une situation presque désespérée !. Le roi les poursuivit l’épée dans les reins, attaché, avec un légitime acharnement, à leur perte qu’il lui fut donné ce jour-là de consommer. En effet, ayant séparé son armée en deux corps, il se mit à la tête de l’un, et attaqua avec la plus grande vigueur les quartiers du due, tandis qu’il envoyait Biron, avec l’autre division, donner contre le reste de l’armée ennemie dans Ranson même. Le corps que commandait le roi détruisit deux régiments hispano-ligueurs. De son côté, le corps commandé par Biron renversa tout ce qui se trouvait devant lui, tua huit cents hommes, mit le reste en fuite, et détruisit la cavalerie légère des ducs, composée de vingtdeux compagnies. L'armée des ducs était profondément ébranlée et découragée ; la victoire était à moitié rem portée : pour l’achever, 1l ne fallait que vouloir et marcher. Dans ce moment le baron de Biron demanda à son père cinq cents chevaux, suffisants, disait-1l, pour décider l'entière déroute des Espagnols et des Ligueurs. Le vieux maréchal les lui refusa en lui disant : « Maraud, nous » veux-tu donc renvoyer planter des choux à Biron ? » Le jeune Biron, qui ne voyait alors qu’un éclatant succès qu'on lui arrachait des mains, s’écriait, dans les transports de son indignation , que s’il était roi de France, il ferait couper la tête au maréchal.
Farnèse s’aida de cette collusion : en capitaine con-
1 Davila, 1. XIII, t. IL, p. 272.