LIV.II. CH. VI. TÉMOIGNAGES A CET ÉGARD DES CONTEMPORAINS
» de leur religion, soit des princes de son sang, ou autres » à défaut de ceux-là. » Duplessis-Mornay écrivait, au mois de mai, dans l'intimité de l'amitié : « Les Ligueurs » et nous, nous sommes sur un précipice, incertains qui » y Jettera son compagnon ; en danger, même en Le pous- » sant, de tomber en même temps que lui... Le remède » aux maux de la France ne se peut trouver que dans » une bonne paix, autrefois utile, maintenant plus que » nécessaire, » On voit dans un autre contemporain que les souverains étrangers Jugeaient comme les nationaux de l'extrême péril du roi : «Tous ses voisins, dit-il, com- » mençalent desjà à traiter avec lui comme avec un sou— » verain dépossédé. » Enfin, le duc de Rohan, esprit su— périeur, qui, au commencement du règne de Louis XIE, jugeait froidement une situation et un péril passés, ajoute : « Philippe IF poussa les affaires si avant que le » royaume de France n’est échappé de ses mains que par » miracle !. » Quelques publicistes modernes ont prétendu que Philippe IL était hors d'état de garder la France, en supposant qu’il püt en faire la conquête, et que la domination espagnole n'aurait pas pris plus racine dans notre pays que la domination anglaise n’était parvenue autre— fois à s’y affermir. Nous croyons moins à leurs conjec— tures qu’au jugement des hommes politiques haut placés et pratiques que nous venons de rapporter, et que con-— firme une étude approfondie de la situation. Mais même en admettant leur opinion pour vraie, il resterait encore que la délivrance du pays aurait été achetée par une nou-
1 Sully, Œcon. roy., ce. 35, p. 100. — Duplessis-Mornay, Mémoire à Lafontaine, du 16 mai, et lettre au premier président de Rouen, t. v, p. 335, 351. — Madame Duplessis, Mémoires, t. 1, p. 211, — Discours de M. le duc de Rohan sur l'affaire de la Ligue, cité dans la Satire Ménippée, t. 1, p. 35, édit. 1726. — Cheverny, Mémoires, collect. Michaud, t. x, p. 522 B.