LIV. 11. CH. VI. PROPOSITIONS DU ROI AUX CHEFS DE LA LIGUE
sance du roi pour que l’on osät élever de pareilles prétentions ; enfin quel échec irréparable devaient subir les principes de force et de grandeur du pays, la liberté e1vile, la liberté religieuse, si la Ligue était appelée à dic— ter des lois.
Mayenne exigeait d’abord : 1° que si l’on voulait permettre aux Réformés de demeurer dans le royaume, ce ne fût que par un édit de tolérance, limité à un certain temps, sauf à le proroger s’il était jugé à propos ; 2° que les Réformés fussent exclus de tous les emplois civils et militaires, de tous les honneurs et dignités. Ainsi les Calvinistes pouvaient être chassés de leur patrie d’un Jour à l’autre, et, en attendant, ils étaient traités comme des coupables et des maudits..
Après les propositions religieuses mises en avant par Mayenne, venaient les propositions politiques qui les valaient bien. Voici le tableau des gouvernements que Mayenne et les chefs de la Ligue exigeaient, l’énoncé des conditions auxquelles ils enténdaient les tenir, l’indication des charges et dignités, le chiffre des sommes d'argent qu’ils réclamaient.
Princes de la maison de Guise.
Mayenne. . La Bourgogne, plus le Lyonnais, Forez, Beaujolais, enlevés à Nemours.
D’Aumale . . La Picardie.
Guise. . . . La Champagne.
Mercœur. . . La Bretagne.
D’Elbœuf. . . Le Bourbonnais et la Marche.
Nemours. . . La Provence, en échange du Lyon-
nals.
Principaux seigneurs de la Lique.
Joyeuse . . . Le Languedoc.
LEURS EXIGENCES DESASTREUSES. dot
De Rosne. . . L’Ile-de-France, moins le Vexin Français.
Villars . . . La Normandie, moins le Vexin Normand.
La Chastre. . . L’Orléanais et le Berry.
Saint-Paul. . . Le Rethelois et la lieutenance de la Champagne.
Cela ne faisait pas moins de treize provinces et gouvernements.
Quelques autres chefs de la Ligue moins puissants devaient être satisfaits par des gouvernements de portions de provinces ou de villes. À leur tête on comptait d’Alincourt, qui recevait le Vexin francais et le Vexin nor-. mand ; et Boisdauphin, qui obtenait les villes de Laval et de Sablé.
Les chefs de la Ligue voulaient obtenir ces diverses provinces à fètre héréditaire ; avoir chacun dans leur gouvernement la nomination des gouverneurs dés villes, des magistrats, des archevêques, évèques, abbés ; la disposition des garnisons à l’entretien desquelles seraient affectés les taillons et tailles des provinces. Ainsi ils ôtaient à la couronne tous les droits régaliens et-se les appropriaient. De plus, ils demandaient, Mayenne la lieute- , nance générale ou la charge de connétable ; et les autres, quatre charges de maréchaux de France. Enfin ils exigeaient que pour vingt d’entre eux le roi payät toutes leurs dettes, et leur fit des pensions proportionnées à la ” qualité de chacun d’eux; la seule pension annuelle du duc de Mayenne montait à 300,000 francs de ce temps, environ un million d'aujourd'hui !. On voit ce qu'il y
1 Sully, Œcon. royales, c. 40, p. 113, 114, rapporte le texte même des conditions. — Villeroy, Apol. ët disc.,t. x1, p.189 B, 190. Madame Duplessis, Mémoires, t. 1, p. 219, 220, 221, donne le résumé des demandes de Mayenne et des chefs de la Ligue. — Pour l'hérédité des