AUX PRINCES ET SEIGNEURS DE SON PARTI. CONSÉQUENCES
nir. Si on lui Ôtait la Provence pour l’attribuer à Nemours, il fallait le récompenser en lui accordant un autre gouvernement.
Il n'existait alors que vingt-trois gouvernements en France. Si treize étaient donnés aux chefs de la Ligue et dix aux seigneurs royaux, en toute souveraineté, de compte fait, 1l n’en restait pas un seul pour Henri, et, comme le dit un contemporain, «1l n’y avait désormais » rien-en France de moins roi que le roi!.» La couronne n'avait plus même le domaine des premiers Capétiens, l'Ile-de-France et l’Orléanais. La conséquence de cette révolution territoriale était bien autre chose que la ruine de la grandeur d’un homme, que la ruine même d’une institution , de fa royauté : c'était la destruction de l’unité territoriale et nationale, c'était le déchirement de la France en morceaux. Et cependant le renversement de ce pouvoir central et régulateur, qu'on nommait la royauté, était à lui seul une calamité publique. En effet, il entrainait pour les masses la perte de la liberté civile : déjà du côté‘de la Ligue, comme du côté du parti royal, les seigneurs, ne st plus de répression, inauguraient ie nouveau pouvoir féodal par les exactions et les tyrannies les plus odieuses exercées contre le peuple des campagnes.
Henri ne pouvait accepter ces conditions, donner les mains à ces désastreuses mesures. Il consentait bien, selon l'expression de ses négociateurs, «à se couper un » bras pour sauver le corps. » Il offrait donc d’abandonner à Mayenne et à ses descendants la Bourgogne en toute souveraineté. Il promettait encore d'abandonner aux principaux seigneurs de la Ligue les gouvernements dont 1ls étaient maîtres. Mais 1l refusa à Mayenne et le gouvernement de Lyonnais, Forez, Beaujolais, et ia lieu-
1 Mémoires de Madame Duplessis, p. 220.