‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 348 sur 636 · LIV.II. CH. VI HENRI REJETTE LES PROPOSITIONS DES CHEFS LIGUEURS · texte numérisé non relu

LIV.II. CH. VI HENRI REJETTE LES PROPOSITIONS DES CHEFS LIGUEURS

tenance-générale. Il refusa pareillement aux grands de la Ligue de leur accorder l’hérédité et l'exercice des droits régaliens dans les provinces ; les réduisant aux prérogatives et au pouvoir de gouverneurs, c’est-à-dire d’ofliciers dépendant de la couronne, et soumis au pouvoir central de la royauté !. Mayenne et les seigneurs de son parti se flattèrent que la continuation de la guerre civile leur livrerait ce que Henri leur déniait. Mayenne en particulier ayant obtenu, par le traité même entamé avec le roi, quelque relâche et quelques concessions temporaires de la part des Espagnols, revint avec prédilection aux troubles, qui le maintenaïent dans le premier rang, dans la royauté dissimulée de la lieutenance-générale, et qui lui promettaient de s’y affermir. Dès le com mencement du mois de juillet 1592, Eenri s’aperçut que les négociations avec les chefs de la Ligue n’amèneraient aucun résultat satisfaisant, et:1l dut chercher ailleurs les moyens de pacifier le royaume et de combattre l’Espagnol *.

Le dernier moyen qui lui restait était de’ détacher les peuples de la Ligue de leurs chefs, de les gagner, de les aturer à lui par son abjuration, et par la séduction légitime de la paix qu’ils désiraient ardemment, tandis qu'il les pousserait à la soumission en continuant à les presser par ses armes , et en augmentant momentanément leurs souffrances.

Le changement de religion consenti par lui l'aurait, au début de son règne, déshonoré sans profit : les peuples de la Ligue n’y auraient vu que le désir d’acheter un

1 Mémoires de Madame Duplessis, t. 1, p. 221, 222. — Sully, c. 40, p. 114 A.

2 Mém. de Madame Duplessis, p. 230. — Mém. et corr. de Duplessis, t. v, p. 326, 327, 345, La note mise par avance aux deux premières pages doit être rejetée à la page 345 et à la fin de juin. — Villeroy, Apol. et disc., t. xX1, p. 195-201.

IL S'ADRESSE AUX PEUPLES, I'e DÉLIBÉRATION SUR SON ABJURATION. 325

royaume par une apostasie , et l’auraient méprisé sans se soumettre. Maintenant, après trois années durant lesquelles il avait épuisé tout ce qu’il était possible humainement de faire par la guerre et par les négociations pour pacifier le royaume, le changement de religion paraissait à tous les hommes de bonne foi, à tous les bons citoyens, la dernière planche de salut qui restät à la France, et l’abjuration du roi, appelée par leurs vœux, devait être reçue avec reconnaissance. Cette abjuration répugnait à sa conscience !, blessait les susceptibilités de son honneur ;: mais après un sérieux examen, 1l jugea que le premier devoir d’un prince était de sauver à tout prix l’État dont la Providence lui avait confié le gouvernement, et il surmonta ses répugnances. Or l’abjuration était de tous les moyens le plus sûr de tirer la France de ses nombreux et pressants périls ; parce que si elle refroidissait à son égard les huguenots de France et les réformés d'Europe, avec lesquels il n’avait pu conquérir son royaume, elle lui donnait la majorité nationale, et mettait à néant les intrigues et les cabales des partis. En effet, elle Otait à la Ligue sa raison d’être, son principe vital, ses plus puissants sou— tiens. À Paris et dans les villes ligueuses , 1l existait bien des gouverneurs, des magistrats municipaux, une portion de la populace, déterminés à rester ennemis du roi, quoi qu'il fit, mais 1ls étaient en minorité, et 1ls se par— tageaient d’ailleurs entre Mayenne, les grands ambitieux, les Espagnols. La grande majorité se composait des Hi gueurs français et des Politiques dans le parti de la Ligue,

1 C’est ce que prouvent les témoignages réunis de Villeroy, t. XI, p. 183 B, et de Duplessis, t. v, p. 232 et suiv. La boutade : Paris vaut bien une messe, n’est pas de Henri IV, mais de Sully, ainsi que l'a montré M. Edouard Fournier, dans son livre de l'Esprit dans l’histoire. Le mot : « Ce sera dimanche que je fairay le sault périlleux, » est bien de Henri IV; mais nous établirons plus tard qu’il ne prouve rien contre les sentiments sérieux et durables du roi.

Page 1