‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 35 sur 636 · PRÉFACE. XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXI

quelques traits épars pour donner une idée précise de ce gouvernement et de cette administration, et pour en faire connaître l'esprit. Lorsque Henri IV demeura maître, la France sortait d’une anarchie où les dangers publics n'avaient été surpassés que par les souffrances des particuliers, et où le peuple avait vu tout ce qui avait été détaché momentanément . du pouvoir souverain, devenir une tyrannie contre lui. Les masses souhaitaient l’ordre avec passion, avec une sorte de fureur, offraient tout pour l'obtenir, poussaient ellesmêmes à labsolutisme. L’entraînement ne venait pas de ce seul côté. En considérant que les États-généraux assemblés à Blois, en 1316 et 1988, n'avaient pris que des déterminations factieuses, fécondes en désastres; que le roi, en 1596, ayant accordé une part considérable à la nation dans le gouvernement, les Notables, égarés par l’inexpérience, n'avaient usé de leur prérogative nouvelle que pour établir le dangereux et stérile Conseil de raison, bien des hommes du cœur le plus noble, et de la plus haute intelligence, pensaient et écrivaient que Îa nation était incapable de tout rôle politique; que ce qu’elle avait de mieux à faire était de se démettre de toute participation à ses affaires, et de confier uniquement ses destinées au pouvoir sans contrôle et sans contradiction, qui lui convenait seul. Henri [V repoussa cette dictature que le flot de l’opinion lui apportait. Il jugea que les barrières mises à la puissance du prince étaient seules capables de le sauver des écarts et des chutes. Il pensa qu’une nation où les divers ordres se sentaient n'être plus rien. était une nation en marche vers la dégradation, parce que chacun des citoyens s’abaissait promptement de toute la nullité à laquelle il était réduit, et devenait indifférent à la chose publique en proportion même de ce qu’il y était étranger. [l comprit où menait un état de choses dans lequel les conseils les plus propres à éclairer le pouvoir sur ses erreurs, les idées les plus utiles et Les plus fécondes pour le perfectionnement du gouvernement et de FPadministration ne pouvaient se faire Jour. [Il le comprit, et prévint cette corruption de la monarchie. Convaincu que l'heure n’était pas venue d'établir le régime représentatif dans sa permanence et sa régularité, d’agiter les questions politiques et les grands intérêts

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