LIV. II. CH. VI. DÉCADENCE DES AFFAIRES DE L'ESPAGNE
de Féria, son successeur. Dans le temps que Philippe éprouvait cette perte irréparable, 1l voyait le désordre et l'épuisement dans ses finances se développer d’une manière alarmante, et 1l était réduit à n’envoyer à ses m1nistres que le tiers des sommes nécessaires aux affaires de France ‘. Au milieu de la dissolution imminente et déjà commencée de la Ligue, le roi catholique avait à recourir à des mesures d’une énergie et d’une puissance extraordinaires s’il voulait se saisir de la souveraineté en France,*comme l'avait supérieurement vu le duc de Parme. Et contrairement à ce qu’exigeaient le temps et l’état des partis, les moyens de la force et ceux de la politique s’affaiblissaient tous à la fois entre les mains de Philippe I.
Nûment et absolument, cette décadence des affaires de l'Espagne, sans détruire entièrement, diminuait le danger qu'avait couru l’indépendance de la France, du temps de Farnèse. Mais pour qu’elle ne profität pas à l'ambition de Mayenne, échappé aux étreintes de Philippe, autant qu’elle servait à l'intérêt du pays; pour qu’elle ne fournit pas au duc les moyens de ranimer et d’éterniser la guerre civile; pour que la supériorité du parti royal et national, du parti de la paix, devint décisive, 1l fallait que ce parti ne perdit pas du côté des nationaux ce qu'il gagnait du côté des étrangers : 1l fallait que les dispositions de la Ligue française ne changeassent pas; qu’elle restàt attachée au roi et aux Politiques ; que Mayenne ne parvint pas à la ramener vers lui, et à débaucher à Henri le Tiers-parti et les catholiques zélés.
Mayenne fit une dernière tentative, un suprème effort
1 Pour ces deux paragraphes, papiers de Simancas, cote A, 57/498. — Villeroy, Apol. et disc., t. x1, p. 201 B, 202. — Lestoile et son Supplém., p. 97, 103 B. — P. Cayet, L. 1V, p. 403-405. — Lettres missives des 7 et 21 décembre, t. 111, p. 708, 710.