‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 37 sur 636 · PRÉFACE. XLI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XLI

combattit jamais que par des raisons où éclatait la supériorité de son esprit, de son expérience, de sa politique: iltoléra bien en particulier que les remontrances et que le refus d’enregistrement tinssent en échec son édit de Nantes pendant près d’un an; etil ne leva l'opposition que quand ik s’aperçut qu’elle compromettait la paix publique, en même temps qu’elle arrêtait l’établissement de la plus précieuse des libertés. Que l’on compare sa conduite à l'égard des Parlements avec celle de Richelieu et de Louis XIV, et que l’on juge de la différence des régimes. Le Conseil d’État jouit de la plus entière liberté de discussion, même conire les sentiments et les désirs du roi, et eut ce privilége de l’amener plus d’une fois à son opinion. De Thou raconte, dans ses Mémoires, qu’en 1599, Henri qui avait alors besoin du Pape pour les affaires extérieures, annonça dans le Conseil l'intention arrêtée où 1l était de satisfaire le pontife, en faisant publier en France le concile de Trente; que le chancelier et Villeroy soutinrent chaleureusement l’utilité de la mesure, et annoncèrent que les lettres-patentes étaient déjà dressées pour en assurer l’exécution; que lui, de Thou, la combattit, en démontra les dangers, persuada au Conseil de la repousser, et au roi de s’en désister. Les particuliers trouvèrent les mêmes facilités que les corps de l’État pour produire leur opinion; chaque citoyen, sous ce règne, put faire connaître la sienne par la voie de l’impression : le nombre des écrits politiques et des satires publiés alors, la nature de plusieurs comédies, montrent de quelle large liberté .jouirent les auteurs et le théâtre. Ainsi, le gouvernement avait : mis la liberté partout, convaincu que sans elle il n’y avait plus pour lui ni lumières, ni conseils utiles, comme il n’y avait plus chez les citoyens n1 ressort d'esprit, ni caractères énergiques, ni actions généreuses. Il la considérait encore et avec raison, comme le principe de la vie et de l’activité pour l’industrie et le commerce, et il l’y introduisit en rendant libre le commerce des grains, avec les sages précautions que commandaient la prudence et lintérêt public; en délivrant les compagnons et les apprentis de l’onéreuse sujétion où 1ls étaient retenus, et en leur conférant la maîtrise ; en leur donnant l’industrie libre pour concurrente et pour rivale à l’industrie des communautés.

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