XLII PRÉFACE
On complétera l’idée qu’on doit se faire de l'administration de Henri IV, en observant que dans les établissements fondés, dans les grands monuments érigés ou projetés par lui, il s’inspira constamment de la pensée nationale, de la pensée française, les décora du nom et de la représentation de l’histoire de la France. On entrera enfin complétement dans le secret de son gouvernement, en étudiant, et l’on ne peut le faire sans émotion, les maximes morales et religieuses qu’il avait prises pour règles dans lexercice de la puissance souveraine et dans la conduite de ses peuples, sous l’inspiration de sa conscience et sous l’œil de Dieu. Le roi chrétien et le grand roi sont là tout entiers.
La dernière période de ce règne, bornée à l’année 1609 et à la moitié de l’année 1610, n'offre pas dans sa courte durée des événements d’une moindre importance que les deux précédentes. En 1609, après dix ans de paix, après dix ans de travaux administratifs, Henri avait développé toutes les ressources intérieures du pays, avait mis le royaume dans un état de prospérité et de force inconnu jusqu'alors. Chaque année la France rendait au delà de sa consommation, et s’enrichissait en exportant l’excédant des produits de son sol. Le trésor, outre les revenus ordinaires, avait, soit en argent comptant, soil en ressources extraordinaires toutes prêtes, 124 millions de ce temps, environ 372 millions d'aujourd'hui. Notre état militare répondait à ces ressources financières. Les choses amenées à ce point, Henri reprit la guerre si longtemps abandonnée, parce que la guerre était indispensable, parce qu'il fallait assurer dans l'avenir les destinées de la France, lui garantir les avantages de la paix de Vervins, demeurés précaires, étendre à la moitié de l'Europe le bienfait des avantages dont elle jouirait elle-même. On ne saurait trop admirer cette politique du roi, si sage, si contenue, qui n’entreprend la guerre qu’en son: temps, à son heure, alors qu’elle ne peut compromettre nm l'existence, ni l’honneur de la nation, et qu'elle n’emploie que l’excédant de sa force, que le luxe de ses ressources.
Cette guerre nouvelle, dans laquelle Henri s’engageait, forme la moitié de ce que l’on nomme son Grand dessein. Le