MAJORITÉ ET MINORITÉ DANS LES ETATS
fut la représentation n1 de la France, ni même de la France ligueuse, au moins en son Se et que si les formes pratiquées pour la tenue ordinaire des États furent maintenues en apparence, elles furent violées en réalité. De pareilles illégalités suffisaient déjà pour vicier les dé— libérations des États de la Ligue; mais elles étaient entachées d’ avance, et bien plus gravement, par les circonstances qui avaient présidé aux élections. Les électeurs avaient été gagnés LE l'argent de “Philippe IT; grand nombre de Aéputés s’étaient ensuite mis à sa solde !, Nous avons fait connaître précédemment leur moralité et nous n y reviendrons pas; mais 1l est nécessaire de préciser quel engagement 1ls avaient pris avec le roi catholique. Ils lui avaient vendu seulement la promesse de trahir leur patrie et de la lui livrer ; quant à l’acte lui-même, ils attendaient à en être payés séparément et à un prix bien plus élevé : c'était un marché à terme.
Les partisans du roi d’Espagne formaient la majorité dans les Etats de la Ligue immédiatement après les élec— tions et avant l'ouverture de la session. Cette majorité se composait de toute la Chambre du clergé, excepté cinq membres, et de la pluralité des membres de la Chambre
1 Cest ce que témoignent unanimement les contemporains : voici le témoignage de deux d’entre eux. Villeroy, Apol. et disc. p. 103 .B. « Les députez desdits trois ordres qui prenoient le nom des Estats » estoient la plus part factieux, nécessiteux. et ennemis du repos pu- » blic,... esleus et venus exprès pour favoriser les desseins des Espa- » gnols. » De Serres, Invent. génér. de l’histoire de France, ajoute p. 1002, 1003. « Ces Estats estoient choisis presque de la lie du peuple; » de plus mutins, séditieux, corrompus par argent.» Tous les faits qui eurent lieu pendant la tenue des Etats viennent à l’appui de ces assertions, et montrent sous ce jour la conduite des deux Chambres du clergé et du Tiers-état. Nous maintenons donc contre l'appréciation de M. Henri Martin, t. x, p. 306, notre jugement sur la majorité du Tiers-état. En signalant la vénalité et l'incapacité politique de la majorité du Tiers, nous avons relevé en toute occasion la généreuse et
patriotique conduite de la minorité représentée par Lhuillier, Langlois, Thielement, Lemaistre, du Vair, Daubray.