PRÉFACE. XLIII
Grand dessein est resté jusqu'ici débattu et incertain. Nous lui avons donné, nous l’espérons, toute la précision que réclame l’histoire, en nous servant du témoignage de six hommes d'Etat, dont quatre contemporains, témoins et acteurs tout ensemble, et de deux autres venus immédiatement après ; en consultant des états de guerre et de finance, d’une authenticité incontestable ; en recourant aux clauses de traités existants et que chacun peut étudiér. Une moitié du Grand dessein se compose d'idées et de projets qui préoccupèrent Henri IV, sans entrer dans le cercle de sa politique active. Sully proposa, pour mettre ces idées et ces projets spéculatifs à exécution, des moyens difficiles, peut-être impraticables. Les deux siècles et demi qui ont suivi ont ouvert d’autres voies, et presque tous sont réalisés aujourd’hui. La seconde moitié du Grand dessein est une coalition et un armement de la France et de la moitié de l’Europe, entrepris dans un but déterminé et présent, limité à un temps fort court. Cette coalition et cet armement eurent lieu du vivant de Henri IV.
La branche allemande et [a branche espagnole de la maison d'Autriche n'avaient renoncé ni à l'établissement de la monarchie universelle, ni à la destruction de la Réforme et de la liberté religieuse : elles montraient alors même leur ambition par l'occupation à main armée de la succession de Juliers, et leur haine implacable contre tout culte dissident par la proscription des Morisques : eiles n’attendaient que le moment où elles seraient sorties des circonstances difficiles dans lesquelles ælles étaient maintenant jetées, pour reprendre leurs projets, avec les forces de la moitié des peuples de lOccident qui continuaient à leur obéir. L'indépendance de toutes les nations qui n'avaient pas subi leur joug, la liberté de conscience partout, restaient donc sous une perpétuelle menace. Après les guerres de Gharles-Quint et de-Philippe IT, d’autres guerres les attendaient dans un prochain avenir. Henri résolut de conjurer ce danger commun à la France et à la moitié de l'Europe, et d’en finir avec l'ambition et l’intolérance de la maison d'Autriche, en lui enlevant tous les pays qu’elle possédait hors de l'Espagne, et en distribuant ses dépouilles à l'Allemagne et à l'Italie à jamais affranchies. Au commencement de l’année