VAINES TENTATIVES DE CORRUPTION AUPRÈS DE LA LIGUE FRANÇAISE
ou de celle de l’Infante !. Féria arriva donc à Paris avec 30,000 doublons ou 90,000 livres, c’est-à-dire avec la septième partie seulement des deniers destinés par Philippe IT à l’achat des consciences. La somme était trop faible pour que Féria songeàt à l'appliquer à la corruption des trois chambres des Etats. IL résolut done de s’en servir pour gagner au parti espagnol les magistrats municipaux, les chefs de la force armée et du clergé de la Ligue française. À son instigation, les Seize pressèrent Lhuillier, nouveau prévôt des marchands, de recourir à ses largesses pour payer les rentes de l'Hôtel-de-Ville : Lhuillier répondit qu'il n’était pas Espagnol, et qu'il ne lui serait jamais reproché que, pendant sa prévôté, il aurait engagé le domaine de la ville à l’étranger. Féria se tourna alors vers les capitaines et les colonels de la garde bourgeoise (14 mars). Malgré la misère des meilleures familles, ils repoussèrent ses offres avec indignation, en disant que ce qu’ils avaient fait n’était pour de telles récompenses; qu'ils avaient toujours été ce qu'ils resteraient, catholiques, mais Français ; dévoués à la cause de la religion, mais en même temps à celle de la ville et de l'Etat : Daubray se signala entre tous par la Liberté et
1 Correspondance de Philippe Il avec J.-B. de Taxis, à la fin de 1592. « Je vous ai laissé maître de disposer d’une somme de 200,000 écus » pour nous rendre favorables les Français récalcitrants, ou pour dis- » tribuer à ceux qui rendront quelques services importants, mars seu- » lement après le service rendu, l'expérience ayant prouvé que l'on » obtient plus par l'espoir de la récompense que par le payement an- » ticipé. » Le 26 janvier 1593, Féria avait écrit à Philippe I : « D. J. » Idiaquez jugeait nécessaire d’avoir quant à présent une bonne somme » d'argent pour gagner des voix... En ayant parlé à J.-B. de Taxis, il » me montra un ordre de Votre Majesté pour disposer de 200,000 écus » payables dans un an. Mais il seroit beaucoup plus profitable que » l'argent vint maintenant. » (Papiers de Simancas). Philippe IT ne se renditpas à cet avis de Féria. Ce ministre vint à Paris avec peu d’argent, et ne donna rien aux députés entre le mois de mars etle mois de juin.