PRISE DE NOYON. DISPERSION DES ESPAGNOLS
lièrement Gournay et Saint-Denis, ramener l’abondance dans la ville, rétablir ses communications avec les provinces. Les autres grandes villes de la Ligue ne demandaient pas moins à l’armée des confédérés. Mais, pendant le siège de Noyon, qui avait duré trois semaines, elle avait perdu 4,000 hommes par les combats et par la désertion: réduite à 6,000 soldats, elle était hors d’état de rien entreprendre d’important. Les Espagnols, qui la composaient par moitié, étaient rappelés dans les Pays-Bas par la prise de Gertuydenberg, les progrès du prince Maurice et des Hollandais. Enfin, elle était aussi mal payée que mal disciplinée. Aussi après la prise de Noyon, elle se dispersa. Les soldats de Mayenne se retirèrent dans leurs garnisons de Picardie : les Espagnols de Mansfeld regagnèrent la frontière des Pays-Bas, et ne tardèrent pas à se mutiner de nouveau; les uns désertèrent, les autres regagnèrent l’Artois et le Hainaut, où ils mirent tout au pillage pendant près d’un an !.
Ainsi, au moment décisif, Philippe IT se trouvait sans armée et presque sans argent en France. Un pareil résultat suffit pour prouver que cet homme qui, dans ses intrigues, se jouait de tout, même de la religion et de Dieu, qui se permettait tout, y compris le crime, était étranger à la grande politique.
Dans leur état de dénüment et de faiblesse, Philippe I et ses ministres conservèrent entières leurs prétentions et leurs espérances : ils ne songeaient à rien moins qu’à asservir la France. Ce contraste entre leur ambition et leurs ressources les rendit odieux et ridicules, tandis que leur grand étalage de catholicisme et leur hypocrisie excitaient
1 Lettres missives de Henri IV des 3, 4, 12 avril 1593, t. 11, p. 745- 752. — P. Cayet, L. v, p. 434 À, 480, 481. — Lestoile, p. 123 À, 128 B. — Thuanus 1. cv, $S 6, 8, p. 208, 211-213. — Villeroy, Apol. et disc., p. 205 A.