LES SEIGNEURS CATHOLIQUES RAMENÉS PAR CET ENGAGEMENT
chevèque de Bourges, au moment où ce prélat partait pour la Conférence de Surène, avec charge de présider le parti royal et de parler en son nom. Henri en informa également d'O, et Les autres chefs du Tiers-parti.
Un grand et subit changement-eut lieu alors. Beaucoup de seigneurs qui s'étaient Joints un moment au parti des princes du sang s’en détachèrent ; ceux qui se disposaient à y entrer, furent retenus : on voit peu après Nevers dans l'ambassade de Rome, Bellegarde et Saint-Luc dans la réduction de Paris, servir Henri avec chaleur et lui rendre les plus utiles services. Ainsi la plupart des seigneurs qui avaient projetée d'abandonner le parti royal, y étaient ralliés. Toute la Ligue française était gagnée. Ces deux classes étant jointes aux Politiques, qui n'avaient jamais fait dépendre leur obéissance de la religion du rot, Henri s’emparait fortement de la majorité dans la nation. fl n’avait plus qu’à attendre les soumissions successives des chefs et des villes de la Ligue, que le temps et l’occasion devaient amener, pour étendre sa bienfaisante autorité sur les cinq sixièmes du territoire. En second lieu, il pourvut à ce que la paix, obtenue par ces moyens du parti catholique, n engendràt pas la révolte et la guerre du côté calviuiste. Dans son passage d’une‘religion à une autre, il avait à prendre à l’égard des Huguenots, des mesures de prudence et de justice tout ensemble. [ne faillit n1 aux unes mt aux autres. Avant d’abjurer, il prit soin de réunir auprès de lui, à Mantes, le duc de Bouillon et la plupart des chefs calvinistes, prévenant et empêchant ainsi toute tentative et toute provocation de leur part auprès des églises réformées. Dans la démarche décisive qu'il allait faire, il se ménagea l’assentiment et le concours des seigneurs protestants qui suivaient les principes des Politiques, entre autres de La Force, de Sancy, de Rosny. Il s’assura qu’il obtiendrait des seigneurs catholiques les garanties propres
396 LIV Hi. CH. II. PRÉCAUTIONS PRISES À L'ÉGARD DES RÉFORMÉS.
à rassurer les calvinistes sur leur liberté religieuse et leur liberté civile !. Aïnsi au moment de l'ouverture de la conférence de Surène, Henri avait pourvu avec une prudence et une habileté consommées à toutes les éventualités qu’elle devait ouvrir.
La Conférence de Surène commenca le 29 avril 1593. L'ouverture même de la Conférence donna lieu à une éclatante manifestation des désirs et des besoins du peuple. Quand les députés de la Ligue sortirent de Paris, un grand peuple, amassé à la Porte-Neuve, leur cria tout haut : & La paix ! la paix ! Bénis soient ceux qui la pro- » curent et qui la demandent ! maudits et à tous les diables » soient tous les autres ! » Ceux des villages, par où les députés passèrent, se mirent à genoux, et leur demandèrent la paix à mains jointes. |
Les trois premières séances de la conférence { 29, 30 avril, 3 mai), furent employées aux préliminaires de la vérification des passe-ports et des pouvoirs, aux süretés données de part et d'autre, à la convention d’une suspension d'armes pour dix jours, à quâtre lieues autour de Paris et quatre lieues autour de Surène. Cet armustice, quoique restreint et précaire, excita chez les habitants de Paris une Joie impossible à rendre : ils goûtaient avec dé-
1 Lettre du roi au grand-duc de Toscane, en date du 26 avril, dans les Lett. missiv., t. 111, p. 763. « J'ai voulu et veux de plus vous pro- » mettre, comme je fais en foy et parole de roy, par la présente » escripte et signée de ma main, de faire déclaration et profession » publique de la religion catholique, comme ont faict les roys de » France mes prédécesseurs, dans deux mois après que mon cousin » le duc de Lorraine sera tombé d'accord avec moy par juste et con- » venable composition. » — Discours de Henri IV à d’O, et autres chefs du Tiers-parti, et à l'archevêque de Bourges le 928 avril, veille de l’ouverture de la conférence de Surène, dans P. Cayet, L v, p. #45. — Sully, Œcon. roy., c. 39, p. 110 B. — Duplessis, corresp., t. v, p. 405. On voit par leurs témoignages réunis, qu'à la date du 29 avril, les chefs des calvinistes, Turenne (Bouillon), Sancy, Salignac, Constans, Morlas, Salette, sont réunis auprès de Henri IV à Mantes.
1re SÉANCE DE LA CONFÉR. MANIFESTATION DU PEUPLE POUR LA PAIX. 397
lices le relâche aux maux présents, et l’espoir de la paix les transportait. La voix du peuple pour la paix se renforcait de moment en moment, dit un contemporain, et il ajoute les détails suivants. Dès qu’il leur fut donné de quitter les murailles, qui depuis si longtemps leur servaient de prison, ils se précipitèrent presque tous dehors. Les champs étaient noirs d’une multitude allant visiter ses héritages hors de Paris, faire ses dévotions à Notre- Dame-des-Vertus, se mêler dans Saint-Denis aux serviteurs du roi dont cette ville était pleine. Les Seize et les prédicateurs de la Ligue essayèrent vainement de s’opposer à cet entrainement. [l n’y avait plus d’écoutés que’ les vertueux curés de Saint-Eustache, de Saint-Merri, de Saint-Germain, de Saint-Sulpice, qui, invariablement fidèles à l'esprit de l'Evangile et à la cause nationale, après avoir résisté aux fureurs de la Ligue, durant sa puissance, prêtaient maintenant l'appui de leur parole et de leur autorité au rapprochement des partis et aux vœux de la Ligue francaise. Paris se calmait et s’épurait en les entendant répéter du haut de leur chaire : «Qu'il falloit embrasser l’hérétique se convertissant, qu’il falloit aller au-devant de lui pour le recevoir; que ceux qui deman- doient la paix, demandoïent une chose bonne et sainte; que ceux qui l’empeschoient étoient des méchants et des enfants du drable !. » |
Les premières séances de la Conférence de Surène avaient toutes été remplies par les formes. Dans les séances des 5 et 6 mai, on en vint aux affaires, et l’on traita les grandes questions de la religion, du gouvernement, des dangers publics. L’archevèque de Bourges, parlant au nom du parti royal, exposa d’abord que la paix était dé-
1 Lestoile, p. 127, 131 B, 132, 133, 135 A, B, 143 À, 144 B. Regist. du Tiers-état, p. 173-177. — Les actes de la Conférence, dans P. Cayet, 1. v, p. 447-449 B.