SUR LA ROYAUTÉ, LES DEUX PUISSANCES, LES LIBERTÉS GALLICANES
L’archevèque de Bourges reprit une à une les doctrines de son adversaire, le suivit à la fois sur le terrain de la religion et de la politique, ne laissa pas un seul de ses arguments sans réponse et sans réfutation. Aux passages jé Pères de l’Église et des canons, il en opposa de contraires, et invoqua l'autorité de l'É se comme inter— prétation souveraine des sentiments des Pères et comme règle absolue des opinions, en ce qui concernait la puissance des princes. Dans la suite de la discussion, l’un des députés royaux perçant à travers le luxe de l’érudition de d'Éspinac et les adresses de son éloquence pour aller au fond des choses, lui dit que dans la grande querelle qui divisait la France, la religion n'était qu'un prétexte et qu'un nom; que les royaux n’avaient jamais combattu la religion, qu'ils combattaient seulement pour l'Etat contre ceux qui voulaient l’usurper. À ce concis et lumineux exposé de la question par le bon sens, les autres députés du même parti ajoutèrent plus tard que ce n’était pas en France qu’il fallait parler d’élre et de rejeter les rois; que la couronne était héréditaire, et que cette sage coutume prévenait les rivalités ambitieuses et les guerres qui ruinaient les empires ; que fermement hachée aux Libertés gallicanes en ce qui concernait l'État, comme en ce qui touchait à la religion, ils ne laisseraient jamais les papes s’immiscer dans la succession au trône et provoquer une élection par bulles; autorité qui ne leur appartenait dans aucun cas, et qui, lorsque les pontifes étaient asservis par les ennemis de la France, ouvrait la porte à l’usurpation du royaume par les étrangers. Les députés royaux ierminèrent en exhortant les ligueurs à bien aviser avant de faire leur prétendue élection; car le roi n’était pas homme à fuir devant leur élu, et ne manquerait pas de serviteurs pour défendre la couronne qu 1] tenait de sa naissance et de Dieu.