QUEL PARTI ILS PRENDRONT SI LE ROI SE FAIT CATHOLIQUE
de l’attacher et de le river à son hérésie en dépit de luimême !.
Mayenne et ses conseillers sauvaient ainsi le principe de la révolte de la Ligue. Mais cette précaution de roués en politique n’aboutissait à rien, si dans la Ligue le peuple, ardent à mettre fin à ses misères en mettant fin à la guerre ; siles grands, craignant de se trouver bientôt dans un parti vaincu, ne se montraient pas difficiles sur la conversion du roi, et l’acceptaient pour catholique sans l’absolution du pape. A l'ouverture de la Conférence de Surène, le peuple avait fait éclater sa passion pour la paix. Les seigneurs de la Ligue ne se montraient n1 plus zélés mi plus fermes. Le gouverneur de Paris pour Mayenne, le comte de Belin, disait publiquement que si le roi de Na-
1 Actes de la conférence dans P. Cayet, 1. v, p. 463, 464. — Lettres missives de Henri IV, t. 111, p. 769. — La politique de Mayenne est supérieurement saisie et exposée dans le passage suivant de la lettre de Henri IV au prince de Conti, en date du 10 mai : « Vous scavez, » mon Cousin, que la proposition de la Conférence fut introduite par- » mi les délibérations où l’on vouloit faire tomber l'assemblée de » Paris, de procéder à l'élection d’un roi. Il se connoït que ce moyen » a suspendu les esprits de plusieurs de ladite assemblée, qui ne vou- » droient tomber sous la domination de l'Espagnol, à laquelle ils » voyent qu'on les veut soumettre. Cette crainte, jointe à la nécessité » qu'ils sentent de la longueur de la guerre, leur a engendré un » désir de s’accommoder avec moi, si j'étois de leur religion. » Ceux qui ont autre intention, qui sent les chefs, montrent néan- » moins semblable intention, parce qu'ils ne veulent faire connoître » s'être nourris d'autre cause que de leur religion. Mais en faisant sem- » blant d’adhérer à la même opinion des autres, ils la traitent avec » termes qu’ils sont bien assurés y former une impossibilité, quand ils » seroient pris au mot de ma conversion, la renvoyant, comme ils font, » au pape, qu'ils savent n’avoir en cela mandement ni volonté que » celle du roi d'Espagne. Cela les a rendus plus libres à faire quelque » démonstration de me vouloir reconnoître, après que cette formalité » seroit intervenue, pensant tirer du refus que j'en: ferois, ou de la » difficulté que j'y trouverois, quand je le voudrois tenter, une grande » confirmation de leur prétexte et crédit envers le peuple, et par là » le faire plus facilement condescendre à ce qu’ils désirent. » Nous n'avons changé que l'orthographe de ce passage, précaution qui nous a semblé nécessaire pour le rendre plus elair et plus intelligible.
402 LI{V. IN. CH. IL. GRANDES ESPÉRANCES DES MINISTRES DE PHILIPPE Il.
varre se faisait catholique, il voyait la noblesse en bonne disposition de le reconnaitre !. Mayenne résolut d’arrèter le peuple et les grands sur cette pente glissante, et de les lier à la révolte par un acte politique qui rompit la composition et les accommodements, et rendit irréconcihables la Ligue et le parti royal. Il se hat de porter aux États— généraux la question de l'élection d’un roi.
Les ministres de Philippe IT n'avaient été éclairés m1 par la défaveur avec laquelle les États avaient reçu leurs premières ouvertures, ni par l’inutilité de leur opposition à la tenue de la Conférence de Surène. Ils n’avaient rien rabattu de leur orgueil et de leurs prétentions. Ils s’imaginaient que les chefs de la Ligue, au milieu de leurs dangers, étaient trop heureux de les trouver pour protecteurs, même à condition de les recevoir pour maitres. Ils jugeaient leur position empirée et leur docilité plus nécessaire, depuis que les peuples inclinaient vers le roi. Ils comptaient enfin sur la présence de leur garnison à Paris, sur l’appui d’un certain nombre de prédicateurs, qui, pendant les premières conférences de Surène, n’avaient pas rougi de proclamer en chaire « qu’ils aimaient » mieux avoir un étranger catholique pour roi que non » pas un français hérétique ?. » Enfin les ministres espagnols s’en reposaient non sur les promesses que Mayenne leur avait faites dans la conférence de Soissons, maïs sur ses nécessités, sur le besoin qu’il avait de leurs forces pour résister à Henri IV : ils attendaient son concours pour amener les États à céder et à les satisfaire. Mayenne les trouva donc espérant tout et demandant outre mesure.
Il était rentré à Paris le 6 mai. Le 10, il tint une séance solennelle des‘États, et il introduisit la de de l’élection en produisant les demandes des Espagnols : il annonça
1 Lestoile, p. 127 A.
2 Lestoile, p. 132 A, B.