LES ÉTATS ÉLUDENT LES DEUX PROPOSITIONS DU ROI
et s’ils la prenaient, le lieutenant-général pouvait toujours l’annuler,
Ainsi fortifié de tous côtés contre Philippe IE, Mayenne se tourna contre Henri, et se flatta de lui ravir d’un coup et en un moment le terrain qu’il avait gagné depuis six mois, et notamment depuis les déclarations des 16 et 17 mai. Sous son inspiration et par ses intrigues, les États de la Ligue firent la réponse suivante aux propositions du parti royal et à la promesse d’abjurer que Henri y avait ajoutée (5 juin) : « Pour la conversion du roi de Navarre, les royaux auront à se pourvoir par devers Sa Sainteté, à qui appartient de l’absoudre et de le remettre au sein de l’Eglise. Quand la conversion sera approuvée par le Saint-Père, les ligueurs auront à se consulter pour les süretés nécessaires à prendre pour conserver la religion catholique dans le royaume. Les ligueurs ne pourront traiter de la trève avec les royaux que quand ils connai-
tront leurs intentions sur les deux points précédents !. » Le pape, esclave de Philippe IT et circonvenu par la Ligue, devait refuser à tout jamais l’absolution à Henri, et Henri rester hérétique malgré lui, incapable d’être accepté pour roi par la Ligue. Mayenne espérait avoir élevé ainsi une barrière infranchissable entre le roi et les peuples de l’Union, au moment où Henri les attirait à lui par son retour au catholicisme. Aïnsi tout moyen sérieux d’accommodement avec le roi était repoussé, et la religion servait à ce résultat politique.
Dans le même temps que Mayenne amenait les Etats à rendre cette réponse au parti royal, il les disposait à renverser les prétentions et les desseins des Espagnols. L’avarice forcée ou calculée des ministres de Philippe IT Tui vint merveilleusement en aide. Grand nombre de députés
1 Regist. du Tiers, p. 230, 239, 233, 237-240; du clergé, p. 494-498 ; de
la noblesse, p. 622, 623. — P. Cayet, 1. v,p. 469 B.
ss
418 LIV. Ii. CH, Il. DEUXIÈME PROPOSITION DES ESPAGNOLS :
étaient pauvres et avides : 1ls recevaient si peu de chose de Espagne, qu’ils se plaignaïent, le 1‘ juin, à Mayenne,
de leur extrême nécessité, et qu’ils demandaient la elôture des États ou une aumône qui leur permit de siéger plus longtemps !. Philippe, prétendait ne les payer qu’après le service rendu : ils voulaient eux, au contraire, être largement pensionnés et n’avoir pas le couteau sur la gorge ?. Leurs votes se ressentirent de leur méconten— tement. Les agents espagnols se flattaient de les entrainer par la force des circonstances extérieures et par les autres moyens dont ils disposaient, moyens sur la puissance desquels 1ls se faisaient illusion. Ils comptaient que la présence de leur garnison intimiderait tous les parts; ils employaient le légat et avaient regagné la moitié du clergé ligueur; ils mettaient en mouvement les Seize et une partie du bas peuple. Enfin 1ls ne désespéraient pas de se défaire du roi comme ils s'étaient débarrassés du prince d'Orange, par un assassinat. La plupart des prédicateurs publiaient déjà en chaire que l’on n'aurait mi paix n1 trève, et s’appuyaient de la parole et de l'autorité du légat. Les RU et plusieurs ecclésiastiques de la Ligue présentèrent requête aux États pour qu ’1ls eussent à élire un roi, et à rompre la Conférence jusqu’à ce que le pape consulté sur la conversion de Henri, eùt prononcé. En mème temps le curé de Saint-Jacques endoctrinait deux scélérats pour sortir de Paris le jeudi de la Pentecôte, et aller tuer le roi (6, 7, 8 juin). Les Espagnols se promettaient tout de ce concours de circonstances, et ils demeuraient sourds à l'avis indirect que leur donnait Boucher. Boucher, député aux Etats, instruit des sentiments de cette assemblée, Jugeait très justement que Philippe Il
1 Regist. du Tiers, p. 207, 227.
2 Voyez ci-dessus p. 374,375, la correspondance des agents de Philippe IT et le témoignage de Villeroy.