LIV. 11. CH. HI. TÉMOIGNAGES DE HENRI ET DE VILLEROY
» forts que les ennemis font tous les jours de nouveau ne
» vous fassent appréhender quelque sinistre accident en
» mon royaume, n'étant plus possible que les choses
» puissent subsister d’une ni d'autre part, sans quelque
» nouveau changement. Je vous puis bien assurer que
» l'assemblée de Paris a tellement avancé l'élection d’un
» nouveau ro1, qu'elle semble du tout inévitable, sans un
» extrême remède, et que la longueur de la guerre et les » ruines qui la suivent ordinairement ont formé tant
» d'opinions dans l'esprit de ceux qui jusqu'ici ont per-
» sisté dans mon obéissance, que je ne puis attendre que » de pernicieux effets. Sur quoi J'ai bien voulu envoyer » vers vous le sieur de Morlans, pour vous faire entendre
» les extrémités auxquelles mes affaires sont réduites 1. »
Et Henri évidemment était contraint de cacher une par-
tie de sa pensée et de ses Justes craintes, pour ne pas Jeter le découragement parmi ses alliés, et ne pas pousser lui-
même à ce qu'ils l’abandonnassent. Villeroy qui n’avaitpas les mêmes ménagements à garder, qui pouvait ex-
primer tout son sentiment, qui mesurait les effets et la portée de l'élection, a dit d’un manière excellente : «On » vouloit conduire les Estats conme insensiblement à l’é- » dection de l'Infante, et par conséquent à la ruine de » PEstat*.»
La France était donc arrivée à l’un de ces moments qui décident du sort d’une nation. Il y avait deux choses principales à faire pour l'empêcher de glisser dans labime ouvert près d'elle : épouvanter les peuples de la Ligue et accroître leurs souffrances par de nouveaux succès et de plus âpres incursions, afin de les contraindre
1 Lettres miss., 20 juin, au landgrave de Hesse et aux provincesunies des Pays-Bas, t. Hi, p. 805-807. Nous n'avons changé que l’orthographe.
3 Villeroy, Apol. et disc. p. 208 A.