REMONTRANCES DU PARLEMENT PAR L'ORGANE DE LEMAISTRE
Dauphiné, de l'Auvergne et d’autres provinces. La royauté nouvelle, si justement contestable, acceptée par les uns, rejetée par les autres, au lieu de finir la guerre civile, l’éterniserait. Dans le cours des remontrances, Lemaistre nomma sans cesse, attaqua sans cesse l'Espagne, au nom de l'indépendance nationale menacée. C'était le seul en— nemi auquel les convenances lui permissent de s’en prendre ouvertement et sans relâche. Mais en ménageant les coups contre Mayenne et la maison de Guise, il n’épargna pas davantage leurs prétentions, ne laissa pas plus de prise à leur usurpation. En achevant la première partie de son discours, 1l cita textuellement à Mayenne la déclaration du Parlement qui ordonnait l'étroite observation de la loi Salique et des autres lois fondamentales, et qui cassait tous les traités faits ou à faire pour l’établissement d’un prince éfranger. Dans la seconde partie des remontrances, Lemaistre pressa Mayenne de donner satisfaction au vœu et à l’extrème nécessité du peuple en concluant la trève. Le légat du pape y faisait opposition ; mais la mesure avait pour elle le vote des deux Chambres et l’instante prière du Parlement. Dépositaire de l’autorité des rois de France, -le lieutenant - général devait suivre leur politique, dans ce qui concernait le temporel du royaume, ne reconnaitre d'autre supérieur que Dieu, s'affranchir de toute dépendance à l’égard de la cour de Rome. Ainsi, par une combinaison profondément adroite et forte, le Parlement établissait la communauté, la solidarité entre la passion du peuple pour la paix d’une part, la défense des droits de la famille royale et du Parlement de l’autre.
Mayenne comprit sur-le-champ l’intention et l’importance de l’arrêt, qui, en rejetant l’élection, le repoussait du trône lui et son fils, et qui, en excluant l’Infante du partage de la couronne, le privait à Jamais de l’assenti-
446 LIV. Il. CH. III. CONFLIT DE MAYENNE ET DU PARLEMENT.
ment et de l'appui de l'Espagne. Pendant que Lemaustre parlait, on le vit changer de couleur, et il laissa tomber deux ou trois fois son chapeau. Sa réponse fut courte et pleine de mécontentement. Le lendemain 30 juin, Lemaistre fit rapport au Parlement de ce qui s’était passé : les magistrats protestèrent alors tous de mourir avant de permettre que l'arrêt fùt rompu on changé. Dans la soirée, Mayenne appela auprès de lui trois membres de la Cour, les pria de changer leur arrêt, et ajouta que s'ils ne cédaient à ses instances, 1l recourrait à la force, quoique à son grand regret. Îl ne gagna rien : l’entrevue fut toute remplie par les aigres propos que Lemaistre échansea avec lui et avec l'archevêque de Lyon; elle se termina par cette menace du lieutenant-général : Je verrai si jai la puissance de faire rompre votre arrêt. Pour réponse, le Parlement lui envoya, le 1° Juillet, une seconde députation chargée de lui faire connaître leur serment de mourir avant de se départir de leur première résolution. Mayenne, furieux de voir ses desseins déjoués, se rap— -prochait des Seize, prètait loreille aux violents conseils de Pelevé et des autres factieux, agitait dans le conseil d'État s’il ne jetterait pas en prison vingt membres du Parlement. Mais l’avis de La Chastre l’arrêta, les dispo— sitions de la bourgeoisie l’épouvantèrent, et il recula devant un conflit. Un colonel, Daubray sans doute, avait
mandé aux parlementaires qu'ils ne s’effrayassent pas;
que lui seul leur fournirait deux mille hommes armés qu'il tenait prèts pour leur défense. Peu de jours auparavant, deux autres colonels, Passart et Marchand, avaient parlé de se barricader. Enfin, d’après l'accord passé l’année précédente entre la bourgeoisie et le Parlement, tout faisait présumer que douze colonels sur seize, et presque tous les capitaines de la milice bourgeoise, opposeraient vingt ou vingt-cinq mille hommes aux violences dont le
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