EFFETS DE L'ABJURATION SUR LES PEUPLES
qui jusqu'alors avait séparé le roi des ligueurs de bonne foi, de la population de presque toutes les grandes villes demeurées en révolte, cet abime était comblé. Le clergé de France hant et bas, séculier et régulier, du parti royal et du parti de l’Union, les archevèques et évêques, aussi bien que les curés de Paris, aussi bien que les religieux de Saint-Denis, usant de leur droit, venaient d’absoudre le roi, malgré les défenses et les menaces du Saint-Siége, donnaient au corps des fidèles Pexemple de le reconnaitre et de lui obéir. Les habitants de Paris, se passant des passeports que Mayenne leur refusait, franchissant les murailles de la ville alors qu’il en faisait fermer les portes, tournant en dérision les excommunications lancées contre eux par le légat ", étaient accourus en masse à Saint- Denis, et avaient assisté à la cérémonie, plus nombreux que les royaux eux-mêmes; remplissant les voûtes de l'Eglise de leurs cris de : Vive le roi! et versant tous, grands et petits, des larmes de joie. Henri reçut un pareil accueil des habitants des campagnes dans la plaine de Saint-Denis, dans la vallée de Montmorency et dans celle de Montmartre, quand il se rendit à l’église de Montmartre pour y faire ses dévotions ?, C’était une réconciliation morale du souverain avec la moitié de ses
1 Lestoile et son supplém., p. 163 A, 169 A. « Ce jour un quidam » ayant acheté la déclaration du légat contre ceux qui iroient à Saint- » Denis à la messe du roy, l’ayant veue, la déchira et pila aux pieds » à Paris. — Ce jour un médecin nommé Thibault, sortant de Paris » pour aller à Saint-Denis, fust rencontré par M. de Villeroy, qui luy » demanda en riant s’il n’avoit point peur d’estre excommunié d’aller » à Saint-Denis. Au contraire, lui respondit Thibault, j'y vais exprès » pour cela, afin de faire devenir noire ma barbe qui est blanche. » 2 Procès-verbal des cérémonies de l’abjuration du roi, et Discours des cérémonies observées à la conversion de Henri, roi de Navarre, dans les annales de la ville de Toulouse, par La Faille, t. 11, p. 89 et suivantes, et dans les mémoires de la Ligue , t. v, p. 382-387. — P. Cayet, 1. V, p. 495-497. — Tauanus, 1. cvir, $SS 6-9, t. v, p. 290-295, passim.
484 Liv. III. CH. IV. HENRI CONTRAINT MAYENNE A LA TRÈVE.
peuples, prélude de la réconciliation politique. Leurstransports indiquaient assez l'importance qu’ils attachaient à l’abjuration, et la nature des sentiments dont ils étaient désormais animés envers lui.
Pour achever de les gagner, Henri n'avait qu’à s’efforcer de mettre fin à une guerre où chaque jour les peuples s’approchaient d’un pas de plus vers une ruine entière et vers le joug espagnol : cette recommandation auprès d’eux ne lui manqua pas. Depuis sept mois, il offrait à Mayenne de suspendre les hostilités et de composer leurs différends par un traité. Comme le lieutenant-général n'avait accueilli ses ouvertures que par des tergiversations, il s'était mis en devoir de l’y contraindre par la force des armes, et 1l avait pris Dreux. Bientôt après, voyant la Ligue et l'Espagne agiter la royauté du duc de Guise et de l’infante, 1l avait rompu l’armistice conclu pour Paris et pour les environs, ordonné à ses garnisons de recommencer les courses, d’arrèter les provisions, et de menacer la capitale d’un blocus nouveau et plus étroit (12, 13, 14 juillet). Contraint par la nécessité et par la profonde irritation qui se manifesta alors dans la population de Paris, Mayenne consentit la trêve de trois mois, qui fut signée le 31 juillet, et publiée à Paris le 1° août. Durant cette trêve, les négociateurs des deux partis devaient travailler aux conditions de la paix, et ceux de Henri s’y employèrent énergiquement!. Le désir le plus ardent des peuples était la fin des hostilités : Henri eut tout l’honneur de les avoir suspendues, et tout le mérite d’avoir cherché à les terminer.
Îl avait satisfait aux deux grands vœux de la masse de la nation en se faisant OC , et en donnant relâche
!Manuser. T1. cité par fragment dans le registre du Tiers, p. 309, 310. — Le texte de la trève dans le registre du Tiers, p. 327-331, — P. Cayet, t. vV, p. 498-500.