PAR L'AVENEMENT DE HENRI IV. D
publicains et les Ligueurs français, qui n'étaient pas du tout espagnols, firent cependant tout ce qu’ils purent, en combattant Henri IV et son parti, pour mettre leur pays sous le joug de l'Espagne ; quesi Philippe IF, qui eut une garnison dans Paris et un vote solennel dans les Etats de 1593 pour la royauté de sa fille, échoua dans sa tentative d’asservir la France, ce ne fut pas leur faute. On peut ôtre un sot sans être un traître; mais dans les grandes crises politiques, les sots font autant de mal que les hommes les plus pervers.
En s’insurgeant contre Henri IV, les Ligueurs violaient la loi fondamentale de l'Etat, en vigueur depuis Philippe de Valois, constamment observée pendant deux cent soixante et un ans dans notre pays. Leur révolte se justifiait-elle par quelque disposition exceptionnelle et plus récente de notre droit public? En aucune facon. Par les votes des 18 octobre et 5 novembre 1588, les Etats de Blois avaient exclu, il est vrai, Henri de Bourbon de la succession à la couronne, et l'avaient déclaré criminel de lèse-majesté divine et humaine, malgré l'opposition de Henri IE. Mais d’abord ces Etats étaient le produit d’élections corrompues, et 1ls étaient publiquement vendus aux Guises. En second lieu, même en acceptant leurs votes pour bons, on n’aura encore aucune proscription légale contre Henri de Bourbon. En effet, dans la constitution de ce temps, les votes des Etats-généraux n'étaient qu’un vœu ; 1ls n'étaient transformés en lois que quand la royauté avait adopté et sanctionné leurs dispositions par ses édits. Or, les derniers édits de Henri IT portaient alliance avec Henri de Bourbon et reconnaissante de tous ses droits au trône. En mourant, 1l l'avait déclaré son successeur, et l’avait fait reconnaître en cette qualité par tous les seigneurs catholiques du camp de Saint-Cloud *.
1 Traité de la trève entre Henri IIL et le roi de Navarre, du 26
Si du roi, alors principal dépositaire du pouvoir législatif, on se reporte à la nation, on trouvera qu’au camp de Saint-Cloud, après l'assassinat de Henri TE, tous les princes du sang, les principaux seigneurs, les gentils— hommes de l’armée en forte majorité, et que bientôt après la moitié des parlements et des villes du royaume, reconnurent Henri IV pour leur roi, pour leur légitime souverain. Ainsi il est faux que le corps de la nation ait repoussé Henri IV ; et non-seulement cela est faux, mais cela est impossible, car s’il avait eu contre lui toute la nation, 1l aurait nécessairement suecombé. Par conséquent aussi, la Ligue n’a jamais embrassé la France entière, et la prétendue unanimité du vœu national, sur laquelle on fonde son droit à la résistance et la légitimité de sa révolte, reste une fiction.
Le droit religieux, pas plus que le droit politique, ne donnait l’exelusion à Henri IV, n’armait contre lui les Ligueurs. L'Eglise primitive, l'Eglise des apôtres, des trente-trois premiers papes morts saints ou martyrs, des Saints- Pères, avait, durant quatre siècles, établi par sa conduite plus encore que par ses écrits, avait scellé de son sang la doctrine que les chrétiens devaient obéissance aux dépositaires du pouvoir temporel, quelle que füt leur croyance, aux empereurs même paiens, même persécuteurs !. Pour éviter les conflits de la puissance tempo-
avril 1589. — Déclaration du roi (Henri IIT) sur la trève accordée au roi de Navarre, dans le t. 111 des Mémoires de la Ligue, p. 300-303.— D’Angoulesme, Mémoires, t. x1 de la collection Michaud, p. 66 B. Discours de Henri IT aux seigneurs catholiques rassemblés près de son lit de mort: « Je vous prie comme mes amis, et vous ordonne comme » vostre Toy, que vous recognoissiez après ma mort mon frère que » Voilà... » Toute la noblesse fondant en larmes, avec des paroles » entrecoupées de soupirs et de sanglots, jurèrent au roy de Navarre » toute sorte de fidélité. ». | 1 «Omnibus potestatibus sublimioribus subjecti estote. Non est po- » {estas nisi à Deo.… Deum timete, regem honorificate. Servi subditi
* Le