LIV. IV. CH. II. CONCOURS DU ROI ET DE LA BOURGEOISIE
des mouches sur la muraille. » Sous cet extérieur calcu— lé, Brissac était le plus fin, le plus adroit des ligueurs, et il le montra. Il soutenait contre son beau-frère Saint Luc, un procès où il allait de toute sa fortune. Il couvrit de ce prétexte l’entrevue de quatre heures qu'il eut avec Saint-Luc le 14 mars : là ses avocats soutinrent en public ses droits; en secret, il convint du prix de ses services, beaucoup d'argent et la charge de maréchal , et 1l arrêta les conditions et les moyens de la reddition de Paris. Au sortir de cette conférence, dont la longueur avait inquiété les Seize et les Espagnols , 1l leur donna complétement le change en allant trouver le légat : 1l se prosterna à ses pieds, lui demanda humblement l’absolution de la faute qu’il avait commise en communiquant avec un hérétique, s’excusant sur la nécessité, sur l’immense intérêt qu’il y avait pour lui à accommoder ses différends avec Saint- Lue !.
Le gouverneur et les chefs de la Ligue française stipulèrent que le roi accorderait aux Parisiens un pardon général, sa protection et sa sauvegarde, d’amples garanties pour leur religion. Ces conditions ayant été consenties le 48, signées deux jours plus tard, on travailla à introduire Henri dans Paris. Il ne pouvait réunir et faire agir de grands corps de troupes; une concentration de forces aurait averti l'ennemi : tout ce qu'il pouvait faire, c'était de précipiter subitement sur la capitale des détachements des garnisons voisines. Ces détachements ne montaient pas à plus de 4,000 hommes. Ils étaient hors d'état de prendre et de garder un seul quartier de la ville : ils étaient moindres en nombre que la seule garnison espagnole ; et cette garnison, jointe aux Minotiers et aux Seize, ne formait pas moins de 15,000 combattants. L'entreprise ne pouvait réussir que si les troupes royales
1 Lestoile, p. 209, 211, 219. — P. Cayet, L. vi, p. 562, 563.