LIV. IV. CH. 11. MESURES PRISES AU-DEDANS DE PARIS
bourgeois partiraient ensuite de la Porte-Neuve, de la porte Saint-Honoré, de la porte Saint-Denis, pour se porter dans l’intérieur de la ville. Que simultanément d’autres corps de bourgeois, dans les divers quartiers, attaqueraient les lieux fortifiés, et en occuperaient le plus qu’ils pourraient. Le roi, instruit de ce dessein, arrèta que l’exécution aurait lieu le mardi 22 mars, à la pointe du jour ?, |
Le succès de cette grande entreprise fut assuré par un ensemble remarquable de mesures et de précautions, prises au dehors comme au-dedans de Paris : chaque chef y apporta sa part, et une part utile. Le roi partit de Senlis le soir du 21 mars, avec un corps de cavalerie, faisant courir le bruit que c'était pour aller surprendre les Espagnols sortis de leur cantonnement de Beauvais. Îl arriva à minuit à Saint-Denis, où 1l trouva rassemblés les divers corps tirés des garnisons des places voisines, et destinés à seconder le mouvement qui se préparait dans la capitale. Il donna aux chefs ses instructions et ses ordres, leur recommandant par-dessus tout de veiller à ce que les habitants ne souffrissent aucun dommage, aucune violence. Tandis que ces soins l’occupaient dans
1 Dans loccupation et la réduction de Paris, le concours de la garde bourgeoise et du peuple fit, pour plus de moitié, le succès de l’entreprise. Cette circonstance si importante est attestée par le roi et par le chancelier de Cheverny. Dans sa lettre missive du 22 mars, t. 1V, p. 122, le roi dit: « Je suis entré dans ceste ville par la porte » Neufve, qui m'a esté livrée sans effusion de sang, sinon de quelques » lansquenetz, qui estoient dans un corps de garde près de ladicte » porte Neufve, qui voulurent empescher ceux qui favorisoient l'entrée » des miens; car pour le reste de la Ville, la plus part des habitans » prinrent les armes pour moy.» Cheverny , t. X, p. 535, ajoute : « Toute l'infanterie du roy et partie de la cavalerie estoient jà entrez » et posez aux principaux endroits de la ville, et avoient l'affection » et l'inclination du peuple favorable, et ainsi ce fut aux lansquenets » et Napolitains à se taire et à attendre l'issue de tout. » Voir en outre P. Cayet, 1. vi, p. 554. — Lestoile et son suppl., p. 210 À, 215 B.
ACTIVITÉ ET ADRESSE DES BOURGEOIS ET DE BRISSAC. pod
Saint-Denis, ses serviteurs à Paris, ne travaillaient pas avec une moindre ardeur à faciliter son entrée. Les colonels et les capitaines de quartier passèrent la nuit du 21 au 22 mars sous les armes, et les firent prendre à tous les bourgeois Politiques, sans les mettre dans le secret de l’entreprise. Sur des billets signés de Lhuillier et de Eanglois, ils répandirent le bruit que la paix était accordée entre le roi et Mayenne, et ils invitèrent tous les bons citoyens à s’armer eux et leurs amis, pour favoriser le lendemain l’entrée dans Paris des députés des deux partis qui viendraient proclamer la paix, objet de tous les vœux : les Espagnols et les Seize tenteraient nécessairement de s’y opposer; 1l s'agissait de les contenir, et les bourgeois étaient invités à s’y employer avec vigueur. Entre les capitaines espagnols, le plus vigilant et le plus déterminé était Jacques Ferrarois : dans le combat entre les deux partis, on avait à redouter de sa part une énergique résistance. Brissac s’en débarrassa avec habileté. I lui dit que le roi dirigeait un convoi considérable d’argent de Palaiseau sur Saint-Denis, et lui proposa de s’en saisir. Le capitaine partit aussitôt, avec les compagnies qu’il commandait, à la poursuite de cette capture imaginaire. Brissac détourna avec une égale adresse le danger qui menaca un moment le dessein arrêté. Le soir du 21, Féria et d’Ibarra reçurent avis que les royaux attaqueraient la ville, avec la fausse indication que la tentative aurait lieu à minuit, et avec l’énoncé sous forme de doute, que Brissac la seconderait. Féria invita le gouverneur à veiller et à faire la ronde le long des murailles, lui donnant pour escorte des capitaines espagnols, qui avaient ordre de le tuer s'ils entendaient le moindre bruit au dehors. Brissac les promena dans tout Paris de minuit à deux heures, et les ramena harassés au logis de Féria. A deux heures, les Seize, qui jusque-là avaient veillé