‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 538 sur 636 · JUGEMENT SUR LA CONDUITE DE LA MAGISTRATURE DE PARIS · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR LA CONDUITE DE LA MAGISTRATURE DE PARIS

fautes irréparables, en se tenant au moins attachés à la cause de l’indépendance nationale, de la loi et de l’ordre public. C’est par là qu'ils étaient rentrés dans la voie de la saine politique. Lorsque, même en cédant à la passion, on reste honnête, on redevient, à un jour donné, sensé, habile, utile à son pays {la conscience finit par éclairer l'esprit et redresser la raison. Avant de quitter pour toujours la Ligue francaise qui expire à Paris, 1l faut observer une dernière fois ses chefs, les membres du Parlement. En lisant le récit de la réduction de Paris, il n’est personne qui n'ait remarqué le rôle militaire, la part d’action des conseillers Du Vair, Damours, Marillac, Boucher-d’Orcay, dans cette mémorable journée. Sans et admirable magistrature de ce temps-là, qu’on trouve à la fois rendant la justice, lhibellant depuis quinze mois des arrèts politiques, qui ont force de loi, pour conjurer la dissipation de l’État par les ie et l’envahissement de la France par les étrangers, enfin ‘maniant le mousquet, combattant de son corps et au péril de sa vie, pour dissiper les factieux, rétablir l’ordre public, la société civile, le pouvoir légitime. On pourrait se laisser séduire à l’idée qu’elle eût mieux fait de se tenir en dehors des troubles,

parce que cette calme situation allait mieux à la gravité de ses fonctions. Mais en examinant de plus près les choses, on change d’avis à cet égard. Quand on considère quels immenses services elle rendit au pays à la fin de 1591, dans la conspiration des Seize; en 1593, pen— dant les États de la Ligue; en 1594, dans la réduction de Paris, on reconnait de quelle He est la présence des bons citoyens dans les troubles civils et dans les révoluons. En supposant qu’ils soient subjugués un moment par les idées du jour, par les erreurs et les passions régnantes, 1ls ne tardent pas à les dominer : au lieu de

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laisser la société en proie aux factieux, ils la leur arrachent.

La réduction de Paris entraîna après elle des conséquences d’une immense portée. Elle conféra d’abord à la royauté de Henri une haute consécration, car, dans l’opinion du peuple, quiconque n’était pas roi de Paris, n’était pas roi de France. Sous Henri ITT, l'exemple de Paris avait jeté la moitié du royaume dans la révolte; sous Henri IV, il la ramena dans l’obéissance. La soumission des grandes villes et des provinces renversa à son tour les projets de domination ultramontaine, d’invasion et de partage du territoire, nourris jusqu'alors par la cour de Rome, la Lorraine, la Savoie et surtout l'Espagne. Ces résultats n’ont pas échappé aux contemporains. L’un dit « que de Paris plusieurs grandes villes apprirent en » même temps leur lecon. » Un second témoigne « que » le roi trouva au Louvre, dans un coffre, toutes les clefs » des villes de son royaume. » Un troisième ajoute «qu’il » triompha en un coup des rebelles, et de plus des deux » tiers de l’Europe joints à eux !. »

1 D’Aubigné, L. 1v, ce. 4, t. 111, p. 338. — Lestoile, Regist.-Journ. de Henri IV, p. 222 À, à la fin. — Legrain, Décade, 1. vi.

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