LIV. 1V. CH. III. CONDUITE POLITIQUE ET CLÉMENCE DU ROI
Dans les cinq audiences qu’il recoit du pape entre le 23 novembre 1593 et le 40 janvier 1594, le duc de Nevers fait valoir les plus fortes considérations tirées de la justice, de la saine politique, de la religion, de l'autorité pontificale, pour obtenir la réconciliation du roi avec le Saint-Siége. Le pape la refuse, dominé par la crainte que lui inspirent les Espagnols pour son temporel, et par la conviction que la Ligue, alors presque encore entière, et les Espagnols l’emporteront en forces sur Henri. Le duc de Nevers dénonce en partant au pape les dangers de sa conduite. Arrêt du Parlement, confirmatif de la Pragmatique de 4592, défendant de s'adresser désormais à Rome pour obtenir les bulles et l’envoi en possession des archevéchés, évéchés, abbayes; ordonnant de les de-. mander aux archevêques et évêques français, et sur leur refus aux Parlements : projet de la création d’un patriarche en France : commencement d’un schisme et chances pour l’introduction de la Réforme dans le royaume (2 avril). Remarques sur ces faits et sur leurs causes. Retour du-duc de Nevers en France : publications de ses deux écrits et leur influence sur l’opinion publique. Les idées et les projets de défection font de nouveaux progrès chez les gouverneurs et les peuples de la Ligue.
Au fur et à mesure que Henri enleva quelque ville ou quelque province à la révolte, 1l y rétablit aussitôt la paix, l’ordre religieux et civil, un gouvernement régulier, marquant son œuvre du sceau spécial de la clémence et de la bonté. On peut en juger par ce qu'il fit à Paris. Le 28 mars, il rendit un édit sur la réduction de cette ville, dont voici les principales dispositions. La religion catholique, la religion de la majorité, est partout réta blie : l’exercice de cette religion est seul permis à Paris et à dix lieues à la ronde, conformément à l’édit de 1577, qui cependant était le plus favorable de tous aux réformés. Paris conserve ses droits, priviléges, franchises et libertés : la même faveur est accordée à tous les corps et corporations. L’amnistie la plus entière, l'abolition et la décharge pour tout ce qui s’est passé dans l’ordre politique est accordée aux habitants, sous condition qu'ils prèteront serment de fidélité au roi : l'oubli du passé et le silence sont prescrits à tous; les seuls crimes dans ordre civil, commis depuis cinq ans, seront poursuivis et punis; les jugements rendus, les actes passés pendant le gouvernement de la Ligue recoivent leur exécution. Ceux qui ont été pourvus d’offices civils ou militaires