‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 553 sur 636 · LIV. IV. CH. III. RAISONS ET PRIÈRES DU DUC DE NEVERS · texte numérisé non relu

LIV. IV. CH. III. RAISONS ET PRIÈRES DU DUC DE NEVERS

même vouloir, qu’au gré des Espagnols : comme lui, il montre le roi catholique ayant réduit l'autorité du vicaire de Jésus-Christ au service de sa politique, et il apprécie sa religion avec une fermeté de raison et une liberté qui jettent sur l'esprit du temps une lumière toute nouvelle. Comme lui enfin, 1l représente le pape intimidé d’abord, ensuite prévenu, circonvenu, séduit par les Espagnols, et se laissant entraîner à leurs desseins ‘.

Le duc de Nevers arrivé à Rome le dimanche 21 novembre 1593, avec qualité d’ambassadeur de Henri, reçut cinq audiences de Clément VIIT entre Le 23 novembre 1593 et le 10 janvier 1594. Pour obtenir du pape l’absolution du roi, 1l fit valoir inutilement les plus fortes considérations tirées de la justice, de la politique, de la religion même et de l'intérêt de la cour de Rome : il pria, il supplia, 1l se jeta à genoux, le tout en vain. En ce qui touchait aux rapports de l’État avec l'Eglise, il lui dit en particulier que s’il retournait en France avec une décision contraire à ce qu’attendaient les Français royaux, si nombreux dans le pays, il prévoyait une catastrophe, etil lui exposa avec la plus grande force les inévitables

2 Discours de La Chastre aux habitants d'Orléans, le 17 février 1594, dans Cayet, 1. vi, p. 345 B. — « Les Espagnols ont esté si avant que » l'ambassadeur du roy catholique, résident à Rome près de Sa Sainteté, l’a bien osé menacer, sous le nom de son maistre, qu’il romproit l'alliance et amitié, s’il consentoit à recevoir Le roy à sa conversion. Et de plus luy dit qu’il empescheroïit les traites de bled qui vieunent de Naples et de Sicile à Rome, pour la nourriture de ce graud peuple. Vous voyez par là, messieurs, de quelle piété et religion sont touchez ces nouveaux chrestiens. Je vous diray bien encores que le pape recut cette indignité là avec tant de regret et de desplaisir, qu'il s’en mist au lict et en pleura; se plaignant à quelques cardinaux, qui estoient autour de luy, de se voir forcé en ses volontez, et ne pouvoir distribuer ses bénédictions sans le gré et consentement des Espagnols. Cela, messieurs, ne vous doit-il pas assez faire juger quelle est l'intention de Sa Sainteté, et que si elle n’estoit point prévenue, ou retenue de crainte, elle ne seroit si longue. à se résoudre au bien et salut de cest Estat? »

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