CHAPITRE V
Insurrection des Croquants. Procès de l'Université et des curés de Paris contre les Jésuites. Attentat de Chastel : expulsion des Jésuites. Etat du royaume. Prix auquel les chefs de lu Ligue mirent leur soumission.
Les Catillonnais, les Francs-museaux, les Chateau-verts, les Lipans de 1589 à 1593. Insurrection des Croquants ou Tard-venus en 1594. Condition misérable des habitants de la campagne dans les provinces du midi, pitié qu’ils inspirent au roi. Les premiers Croquants sont des paysans du Limosin. Au 11 mars 1594, leur ligue embrasse la plupart des paroisses du Limosin, et plusieurs cantons du Périgord et de la Saintonge. Henri prescrit d’abord de n’employer, pour les désarmer, que les voies de la douceur et de la justice : son langage et ses actes pendant toute la durée de l'insurrection. Les insurgés envoient des députés au roi. Leur requête au Conseil du roi, et réponse du Conseil (22 mai 1594). — Le soulèvement s'étend au Quercy et à l’Agénois, entame la Marche, menace le Poitou et l'Angoumois (2 juin). Les Croquants, alors au nombre de cinquante mille hommes, sentent leur force et en abusent : tableau de leurs excès; leurs attentats contre l’ordre politique et social. — Le roi et les gouverneurs sont contraints de recourir à l’adresse et à la force pour combattre la révolte et rétablir l’ordre public; mais ils continuent à employer en même temps les moyens de la conciliation. — {es Croquants catholiques et protestants se désunissent, et les derniers quittent le camp. D’Abain, lieutenant du roi dans la Marche, amène un corps de troupes à Chambaret, gouverneur du Limosin. Il se porte avec ses forces contre les Croquants catholiques pour les disperser : un hasard malheureux amène un sanglant combat. Humanité et sage politique de d’Abain après la victoire. La révolte est étouffée dans le Limosin et la Marche, prévenue ou dissipée dans le Poitou et l'Angoumois. — Mais elle reste puissante dans le Périgord, le Quercy, l’Agénois. Les Croquants attaquent les châteaux des nobles aux environs de Gourdon, se donnent deux chefs -qu’ils nomment colonels et s'assemblent au nombre de trente-cinq à quarante mille à la Boule, près de Bergerae. Au retour de leurs députés, plusieurs circonstances calment momentané. ment l’effervescence ; mais bientôt la révolte se ranime. Bourdeille, gouverneur du Périgord, combat les bandes les plus échauffées et les plus séditieuses : auprès des masses le gouvernement persisie à n'employer que les voies de la conciliation et l’adresse. Le roi leur promet d’intervenir pour les garantir des exactions et des violences : peu après, il abolit eu leur faveur quelques subsides, et leur remet les arrérages des tailles et autres impôts. Matignon, gouverneur de Guyenne, enlève, par une mesure bien calculée, les meilleurs soldats et leur priacipale force aux révoltés. Le concours de ces faits met fin à l'insurrection (1595). Salutaire influence de la soumission des Croquants pour la pacification générale du royaume : les ligueurs des provinces du midi, et les ambitieux, dans le parti protestant, perdent les auxiliaires sur lesquels ils comptaient pour l'exécution de leurs desseins respectifs. — La haine persistante des Jésuites menace la paix publique et la vie du roi, après la réduction de Paris. L’Uni-